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ENTRETIENS SCR L’ARCHITECTURE.
forgés, ouvrés isolément ; tout esprit sensé, dis-je, qui voudra songer àtout cela devra conclure que si l’on veut une architecture, c’est bien assezde laisser les architectes résoudre ces problèmes compliqués, sans venirencore jeter tout à travers une direction suprême et vague, à laquelleils se soumettront peut-être, mais avec répugnance et au détriment del’œuvre. Reconnaissons aussi que pour avoir le droit de revendiquer cetteindépendance nécessaire au plein exercice de leur art, les architectesdoivent être si bien familiarisés avec les moyens d’exécution que ceux-cine puissent jamais être un embarras pour eux. En étudiant l’architecturedes anciens, particulièrement celle des Grecs, et l’architecture françaisedu moyen âge en son bon temps, on s’aperçoit aisément que les maîtresdominaient les moyens d’exécution et que, quand un besoin nouveau semanifestait, ils cherchaient des procédés nouveaux, sans pour cela aban-donner les principes de leur art. Les Grecs avaient si bien perfectionnéles moyens d’exécution, ils en étaient si sûrs, si absolument maîtres quedans aucun cas leur imagination ou leur génie, si l’on veut, n’étaitentravé par des nécessités matérielles ; chez eux la conception nes’affaiblissait évidemment pas par l’étude de l’exécution; mais il fautdire que les procédés employés par les Grecs étaient très-simples.Les maîtres laïques du moyen âge avaient, au contraire, été amenésà adopter des moyens très - compliqués, sans cependant que leursconceptions eussent à souffrir de cet état de choses; ils conservaientleur liberté, parce que, si compliqués que fussent chez eux les moyensd’exécution, ceux-ci s’appuyaient sur des principes parfaitement raison-nés, qui admettaient toutes les combinaisons possibles et constituaient,à proprement parler, l’architecture : concevoir et exécuter était tout undans cette école. Nous procédons autrement au xix' siècle, et il n’est pasrare de rencontrer des personnes se déclarant compétentes ou desartistes même qui croient qu’un projet conçu par un architecte peut,sans que l’œuvre perde rien de son mérite, être mis à l’exécution par dessubalternes- en dehors de l’intervention directe de l’auteur. L’œuvred’architecture est, comme toute œuvre d’art, un accord intime entre laconception et les moyens d’exécution; et supposer qu’un architecte con-cevra un projet dont un autre cherchera les moyens d’exécution, c’estadmettre qu’il y a chez le musicien deux hommes, celui qui conçoit etcelui qui écrit une partition. L’architecte habile, qui fait un projet, doitnécessairement voir en imagination les matériaux qu’il va employer,leur forme et leurs dimensions ; il apprécie leurs qualités, leur nature ;il bâtit dans son esprit en une journée ce qu’il faudra plusieurs annéespour édifier, et le carré de papier qui est devant lui est déjà un vaste