32/| ENTRETTENS SUR L’ARCHITECTURE.
motivées d’ailleurs, de l’architecture antique, grecque ou romaine,romaine surtout, italienne ou française des xvi“ et xvii' siècles; maisla perfection de l’exécution, la beauté des matériaux mis en œuvre nesauraient faire oublier le défaut d’idées, l’absence de méthodes facilesà saisir, d’unité, de caractère; qualités qui, après tout, appartiennentaux arts de toutes les époques, si basses qu’elles soient classées dansl’histoire. Ces défauts sont assez apparents pour choquer même lespersonnes qui sont étrangères à la théorie et à la pratique de l’art.
En sommes-nous arrivés à ce point de décadence incurable que nousne puissions espérer voir l’architecture sortir de l’ornière où elle setraîne? Le mal est-il sans remède? En serons-nous réduits à copier lesRomains fort mal, les Grecs d’une façon puérile (pour qui connaîtl’architecture grecque) , le moyen âge, la Renaissance, le siècle deLouis XIY, et même les pâles monuments de la fin du siècle dernier,pour revenir, faute de mieux, aux Romains, et recommencer le cycledes imitations? N’y a-t-il pas, en dehors ou au-dessus de ces formesdiverses d’un même art, certains principes immuables, féconds parleursconséquences, et se prêtant à des expressions nouvelles, si des besoinsnouveaux surgissent? Ces principes sont-ils des mystères impénétrables,accessibles seulement à un petit nombre d’élus? Ne peuvent-ils pas,au contraire, être admis par tous? Non, la décadence n’est pas fatale-ment inévitable, le mal n’est pas sans remède, mais il est grand tempstoutefois d’aviser, de se servir de tous les éléments vivaces qui sont en-core à notre portée, de laisser de côté des intérêts d’école, pour ne pen-ser qu’au grand intérêt d’un art qui a toujours été considéré comme laplus apparente expression des civilisations chez tous les peuples. 11 fautpartout apporter la lumière, l’examen, et ne pas craindre de froisser aubesoin des susceptibilités, si respectables qu’elles paraissent.
Gardons-nous de repousser le jugement du public; on fera sage-ment même de considérer, en dernier ressort, ce jugement commesouverain, par la raison, après tout, que si l’on élève des édificespublics, c’est vraisemblablement pour le public, qui s’en sert et quiles paye. Je conviens volontiers qu’il faut chercher à éclairer ce juge-ment, bien qu’il ne s’égare jamais autant qu’on veut le croire; maisce ne peut être en cachant soigneusement aux profanes les principes del’art, en faisant de l’architecture une sorte de franc-maçonnerie, unlangage incompréhensible pour la multitude. Or, depuis le dernier siècle,l’architecture est un mystère dont les rites (s’ils existent) sont voilésaux yeux du public. Du sanctuaire, il sort des monuments dont per-sonne, neuf fois sur dix, ne comprend ni le sens ni l’utilité, mais que