3/|0 ENTRETIENS SUR l’ARCDITECTURE.
acquis par une soumission aveugle, conduit les architectes ou à l’isole-ment s’ils se soumettent, ou aux fantaisies les plus extravagantes s’ilss'affranchissent. Elle a de plus le grave inconvénient de donner raisonaux esprits positifs portés à ne voir dans les œuvres d’art qu’un luxeinutile, ruineux, n’intéressant qu’une très-faible partie de la société.Comment, en effet, défendre les splendeurs incommodes de la plupartde nos monuments publics, devant des gens qui, sans peine, nous dé-montrent leur peu de raison; qui, sans être du métier, s’aperçoivent quetoutes ces formes sont en désaccord avec les services qu’elles couvrent?
Nous avons vu que les Grecs savaient donner à leurs édifices civilset religieux des formes propres à leur destination, que les Romainseux-mêmes étaient restés fidèles à ce principe vrai. Pendant le moyenâge, en France , les architectes s’y soumettent avec une rigueur absolue.Si une maison romaine ne ressemble pas à un édifice public, un templeà une basilique, un théâtre à un palais, nos églises, nos châteaux, noshospices, nos hôtels de ville, nos palais et nos maisons du moyen âgeaffectent des dispositions, des formes et des aspects très-divers. Si lesarchitectes du moyen âge admettent la symétrie dans des monumentsqui présentent une parfaite unité de destination, comme les églises parexemple, ils n’en tiennent pas compte s’il s’agit d’un château, qui n'estqu’une agglomération de services très-divers; en cela (je l’ai dit déjà)ces architectes se conforment aux données de la villa romaine, danslaquelle les services présentaient une agglomération d’édifices ayantchacun leur forme appropriée à l’objet. Ces principes étant reconnuscomme bons dans l’antiquité, pourquoi seraient-ils mauvais pendant lemoyen âge ? Pourquoi ces contradictions ? Mais on se garde bien dedonner des raisons; on loue, en Italie, sous les Empereurs , ce qu’onblâme chez nous sous les rois de la troisième race, parce que c’est uneforme que l’on veut imposer, non des principes que l’on veut expliquer.Pourquoi imposer cette forme et repousser cette autre ? C’est que lapremière est connue, étudiée; que la seconde demanderait à être étudiéeet connue ; que les artistes sûrs d’être arrivés au but n’aiment pointqu’on leur signale ce but comme une étape au delà de laquelle il resteun long chemin à parcourir.
Je ne crois pas nécessaire de m’étendre ici sur ces édifices du moyenâge, dont nous parlons longuement ailleurs E Je reprendrai l’art aumoment où il entre dans la voie moderne tout en conservant certainestraditions antérieures avec lesquelles on ne saurait rompre du jour au
' Voyez Dictionnaire raisonné de VArchitecture française du X e au xvie siècle.