NEUVIÈME ENTRETIEN. 395
en face des monuments, adopter toutes les parties de son système, il estcertain cependant qu’il fait le chemin à ceux qui voudront poursuivreses principes. M. Aurès, ingénieur en chef des ponts et chaussées, danssa Nouvelle théorie déduite du texle même de Vilruve, a publié derniè-rement 1 un travail très-curieux sur les proportions relatives des ordres.Cet auteur établit d’une.manière incontestable, par exemple, que lesGrecs ont pris leur module vers le milieu de la colonne et non à la base,comme on l’avait pensé jusqu’ici. 11 arrive à prouver mathématiquementainsi la justcsse des mesures données par Vitruve . Mais ce n’est pas là ce quinous préoccupe en ce moment. Il est utile de connaître les proportionsque les anciens ont données aux ordres, mais il l’est davantage probable-ment de chercher quels ont été les principes générateurs des proportionsdans les édifices antiques, du moyen âge et même de la Renaissance, quilaisse échapper cependant les traditions pures et s’abandonne trop sou-vent à la fantaisie. Ce serait se faire illusion si l’on croyait que les pro-portions, en architecture, sont le résultat d’un instinct. 11 y a des règlesabsolues, il y a des principes géométriques, et si ces principes sontd’accord avec le sentiment des yeux, c’est que la vue est un sens, commel’ouïe, qui ne peut se faire à une dissonance sans être choquée, si peusavant que l’on soit en musique. Une dissonance offense mon oreille; jene saurais dire pourquoi, le contre-pointiste me démontrera mathémati-quement que mon oreille doit être choquée. 1
Il serait étrange, on l’avouera, que l’architecture, fille de la géomé-trie, ne pût démontrer géométriquement pourquoi il se fait que l’œil esttourmenté par un défaut dans les proportions d’un édifice, et je ne con-sidère pas comme une démonstration les méthodes empiriques deYignola et de ses successeurs. Il faut donc prendre les choses d’un pointde vue plus élevé et surtout plus démonstratif. Nous voyons par le textede Plutarque , cité plus haut, que le triangle a été pour les Égyptiens,très-bons géomètres, une figure parfaite. Le triangle équilatéral est detous celui qui satisfait pleinement les yeux. Trois angles égaux, troiscôté égaux, division du cercle en trois parties, perpendiculaire abaissée dusommet divisant la base en deux parties égales, formation de l’hexagonequi s’inscrit dans un cercle et divisant le cercle en six parties égales.Aucune figure géométrique n’est plus satisfaisante pour l’esprit, aucunene remplit mieux les conditions qui plaisent aux yeux, régularité, stabi-lité. Or, nous voyons que le triangle équilatéral a été employé par lesÉgyptiens pour donner à des parties importantes de leur architecture