NEUVIÈME ENTRETIEN. 407
vaste vaisseau, l’œil est satisfait tout d’abord, il comprend sans effort uneœuvre conçue d’un seul jet par un esprit supérieur. Cette harmonie est-elle le résultat, d’une suite de tâtonnements? Est-elle l’effet d’une étuderéussie des diverses parties, relativement à l’ensemble? Je ne crois guèreau hasard, surtout lorsqu’il s’agit d’architecture; je ne crois pas davan-tage aux études réussies, c’est à-dire résultant d’un instinct. Si une œuvreest bonne, c’est qu’elle dérive d’un bon principe, suivi avec méthode. Lacoupe transversale de la nef de la cathédrale d’Amiens (fig. 10) pré-sente une harmonie de proportions obtenue au moyen des deux triangleségyptiens superposés. La base AB du triangle inférieur xVBC repose surles bases des piliers de la nef; c’est toujours là le niveau qui sert de pointde départ. Cette base AB a pour longueur la distance qui sépare lesdeux nus extérieurs des murs de fermeture des bas côtés. Son sommet Cdonne la hauteur de l’arase sous le bandeau 1), accusé par un largeornement qui court, sans interruption aucune, tout autour de l’édifice àl’intérieur. Cette base AB, divisée en quatre, donne, aux points 1 et 3 dedivision, le nu externe des grandes piles; c’est-à-dire que ces points asont donnés par la tangente gh (voir la pile P). Ces quatre divisionsétant chacune subdivisées en deux par les points 0, 1', 2', 3', la sub-division 1', au moyen d’une parallèle avec la ligne AC, a donné le pointde rencontre E avec la ligne BC, qui est le niveau de l’astragale deschapiteaux des colonnes engagées XXX. La parallèle à AC, tirée dupoint 1, a donné la clef E des formerets des voûtes des bas côtés. Laparallèle tirée du point 3' a donné la pente de l’appui des fenêtres desbas côtés. La parallèle tirée du point 2 a donné, par sa rencontre avecune horizontale tirée du point E, l’arête de la ciel du iormOrct f; la pa-rallèle tirée du point 2' a donné en e le nu de la pile engagée, par sarencontre avec l’horizontale tirée du point E. — L’épaisseur de la piledont le détail est figuré en P ayant été au préalable indiquée, en raisondes pesanteurs que cette pile supporte. — La verticale GC étant diviséeen cinq, chacune de ces divisions (d’après le tracé du triangle égyptien )est égale à l’une des huit de la base AB. La première division 1 donnel’arase de l’appui des fenêtres des bas côtés; la division 3 a donnél’astragale des chapiteaux de la partie centrale cylindrique des pilesdétaillées en P. — Car on observera que si les chapiteaux des colonnesengagées X et de la pile centrale ont le même tailloir, les astragales dugros cylindre sont plus basses que celles des colonnes.
Sur l’arase A'B' qui termine la première ordonnance, celle des collaté-raux, l’architecte a repris sa base AB inférieure et l’a marquée par les jam-bages internes des portes qui passent à travers les contre-forts. Sur cette