NEUVIÈME ENTRETIEN.
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encore être la loi suprême de toute œuvre d’architecture ; aux époquesde dégénérescence seulement, ces œuvres trahissent les procédés géomé-triques. Mais c’est ici où le génie particulier des deux races apparaîtclairement, où il est bien évident que tes artistes de l’Occident n’ontjamais imité ceux de l’Orient, bien qu’ils aient les uns et les autres puiséà une même source.
Si les Grecs ne sont pas des inventeurs, les hommes de l’Occident lesont à un degré supérieur. Les Arabes ou les nestoriens leurs maîtresne changent pas la structure romaine, ils modifient son enveloppe ; lagéométrie appelée à leur aide ne leur fait pas découvrir un nouveau sys-tème de construction, elle se borne à donner aux arcs de nouvellescourbes, à dominer toute composition d’ornements; elle devient un jeude l’esprit, elle occupe les yeux par des combinaisons merveilleuses, tan-dis qu’en Occident , la géométrie commence par bouleverser la structureromaine qui ne lui semble plus assez savante ; elle met en avant chaquejour des problèmes nouveaux, elle impose à l’architecture des lois d’équi-libre ignorées jusqu’alors, elle procède avec une inflexible logique del’ensemble aux détails, elle prétend commander la matière et faire tracerle moindre profil, et elle va si vite et si loin dans sa marche hardie,qu’elle arrive, dans l’espace de deux siècles, à ne plus laisser de place àl’individualité de l’artiste. Elle procède comme les lois inexorables de lacristallisation, et, pour faire saisir les différences entre ces arts qui, tousdeux, sont devenus les esclaves de la géométrie, entrons dans l’Alhambra ,par exemple, l’un des derniers édifices dus à la civilisation attribuée auxArabes , que voyons-nous? Une structure concrète comme la structureromaine, des plans antiques, des murs en briques, des masses qui ne semaintiennent que par l’adhérence des mortiers, des portiques légers dontles fines colonnes de marbre et les tympans en terre et roseaux portentdes lambris de bois. Dans tout cela, nul effort pour chercher une struc-ture différente de celle qu’on trouvait à Rome et qu’on peut voir encoreà Pompeii. Mais ces masses de pisé, de briques et de torchis, sont recou-vertes de stucs présentant aux regards étonnés les plus savantes combi-naisons géométriques qu’il soit possible d’imaginer. Les hommes quihabitaient ces palais, esprits contemplatifs, aimant à songer, perdusdans des rêves au milieu de ces combinaisons sans but, ravis de cher-cher dans le vague des jouissances indéfinies, n’appartenaient certespas à la famille agissante, logique et pratique de l’Occident . Si nouspénétrons dans la cathédrale d’Amiens ou dans un de nos édifices lesplus complets du moyen âge, la première impression est un sentimentd’unité ; on comprend tout d’abord l’ensemble, aucun détail n’attire les