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Tome premier.
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DIXIÈME ENTRETIEN.

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artistes du moyen âge, sont alors utiles, si nous voulons aller en avant etne pas être au-dessous des œuvres de nos prédécesseurs; car, je lerépète, il semble que ces hommes avaient pressenti déjà les ressourcesque nous fournit notre temps. Il y a dans les œuvres de nos architectesfrançais de l’école laïque du moyen âge, au moment de son premierdéveloppement, une cohésion si complète, un rapport si intime entre lesbesoins, les moyens et la forme ; il y a tant de ressources toutes prêtespour résoudre les difficultés nombreuses inhérentes aux programmescompliqués de notre civilisation, que nous ne saurions trouver ailleursun précédent plus propre à faciliter la tâche qui nous incombe. Prétendreaujourd’hui trouver dans la bonne architecture de l’antiquité grecque, etmôme romaine, autre chose qu’un grand enseignement de quelques prin-cipes très simples appliqués avec une logique inflexible ; prétendre copier,imiter ou s’inspirer même des formes données par l’expression de cesprincipes, c’est se jeter bénévolement dans des contradictions de plus enplus choquantes, à mesure que nos programmes deviennent plus compli-qués et que nos ressources s’étendent. Pendant le xvn e siècle, on s’était sibien pris de passion pour l’architecture romaine, que chacun était décidéà souffrir toutes les incommodités imaginables, afin de rester romain.Pour ne pas gêner l’art romain et lui laisser son développement, on segênait soi-même de la meilleure foi du monde. Si peu réfléchie que lutcette passion, et si médiocre qu’en fût l’expression, c'était une foi, nousdevons la respecter ; mais il faut bien reconnaître que nous sommes plussceptiques, en fait d’art, qu’on ne l’était du temps de Louis XIV , et quepersonne ici ne croit assez à l’architecture grecque ou romaine pour luisacrifier la moindre, parcelle de bien-être, la plus insignifiante commoditéde la vie. Alors, que nous veulent ces formes sans cesse copiées, et fortmal copiées d’ailleurs, de l’antiquité ? Qu’avons-nous affaire d’elles ? Ellesnous embarrassent, nous artistes ; elles n’ont pas la souplesse qu’exigentles programmes modernes; elles coûtent fort cher; elles n’intéressentque très médiocrement le public; elles font la plus étrange figure au milieude certaines dispositions modernes qu’il faut bien accepter ; elles ont letort d’être en contradiction constante avec nos habitudes et nos procédésde construction. Pourquoi donc cette persistance à les conserver, ouplutôt à les appliquer si mal à propos ? A qui prétend-on plaire endépensant ainsi des sommes énormes à reproduire des formes qui n’ontpas de raison d’être? Au public? Il ne les comprend pas et ne s’enpréoccupe guère. A vingt personnes à Paris ? C’est payer un peu cher leplaisir de quelques-uns. Est-ce respect pour l’art? Mais pour quel art?Un art faussé, dénaturé, réduit à l’état d’un langage que personne n’en-i. 59