DIXIÈME ENTRETIEN.
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avec cette naïveté ou celle bonne foi qui jetait alors un vernis harmo-nieux sur les assemblages les plus hétérogènes, et en effet l’ignoranceseule était capable de donner un corps à celte confusion d’éléments. Lascience peut les classer, mais précisément parce qu’elle les classe, ellene saurait les mélanger. Elle reconnaît bientôt m 'existe au fond detout cela que deux ou trois principes, un nombre très restreint d’idéesafférentes à chacun de ces principes, mais que vouloir concilier cesprincipes dans une même expression de l’art, ou ne pas vouloir consi-dérer les idées comme dérivées des principes, c’est se jeter sciemmentdans la barbarie.
Nous serions mal venus à nous élever contre les études archéolo-giques ; nous croyons même quelles sont appelées à servir de fondementsolide à l’art moderne, mais aussi nous ne devons pas nous dissimulerleur danger, d’autant que, depuis peu, l’archéologie semble devoir influersur la partie matérielle de l’art, bien plutôt que sur son côté intellectuel.Si l’on veut tirer profit de l’étude du passé, il ne s’agit pas tant de savoirsi les métopes de tel temple étaient colorées en bleu ou en rouge, si desclôtures de bronze étaient niellées d’argent, si des poissons d’or étaientpeints au fond des viviers aux parois d’azur, si les yeux de telle statueétaient incrustés d’émail ou de pierres précieuses, que d’approfondir lesraisons qui ont fait adopter tel procédé de décoration, que de prendre uneidée nette et large des civilisations dont nous déchiffrons quelques ex-pressions. Los infinis et puérils détails dans lesquels se jette l’étude del’antiquité et du moyen âge aujourd’hui lui font trop souvent perdre devue le côté principal, celui qui découvre l’homme, ses efforts, ses ten-dances, et les moyens qu’il a employés pour manifester sa pensée, sesgoûts, son génie. 11 nous importe assez peu de connaître la compositiondes pommades des dames grecques et romaines, il nous importe beau-coup de savoir quel était leur état dans la société et dans la famille, à(juoi elles passaient leurs loisirs, et quel était le degré de culture de leuresprit. Je ne vois point de mal à ce que les peintres sachent le nombrede rangs de perles que les satrapes portaient au cou , s’ils mettaient desbrodequins, des souliers ou des sandales, à la condition qu’ils appren-nent d’abord ce qu’était un satrape. Les études archéologiques serontprofitables aux arts, à la condition de faire ressortir d’abord les principesdominants, les causes, l’ordre logique des faits; quand les observationsde détails, de conséquences minimes, se présentent, il ne faut certaine-ment pas les repousser ou même les négliger, mais il est bon de lesranger à leur ordre, et de ne pas leur donner plus d’importance qu’ellesn’en ont dans l’histoire des hommes. En un mot, le rôle de l’archéologie
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