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ENTRETIENS SUR l’aRCHITECTURE.
l'architecte même, sont responsables du bon emploi de ces deniers, etje ne crois pas que dans ce cas la responsabilité de l’administrateur puisseentièrement couvrir celle de l'architecte; car celui-ci n’ignore pas l’ori-gine des ressources dont il fait emploi; il est citoyen avant d’être archi-tecte, et par cela même, il est en droit de se refuser à faire des dépensesinutiles, de ne point céder à des caprices; son devoir est de discuter, dedéfendre ce qu’il croit bon; en un mot, de conserver son indépendance.Je sais que les administrateurs supérieurs considèrent volontiers ces ca-ractères indépendants comme des embarras, et préfèrent avoir recoursà des hommes plus souples; ils pensent conserver ainsi à leur initiativetoute sa puissance; beaucoup ont aussi quelque prétention à diriger eux-mêmes les constructions publiques, et à ne voir dans l'architecte qu’unesorte de contre-maître passif; afin de pouvoir dire : « J'ai élevé cetédifice; l’architecte n’a peut-être pas suivi exactement mes instructions;j’ai fait changer ceci; j’ai voulu cela. » Peu d’hommes élevés à une po-sition supérieure résistent à cette singulière fantaisie d’être un peuarchitectes.
Louis XIV en était bien possédé, à ses heures, lui qui était comblé detoutes les autres gloires; comment le chef d’une administration pour-rait-il s’y soustraire? Au total, ces satisfactions un peu puériles d’amour-propre, la faiblesse des architectes aidant, sont désastreuses pour l’art,désastreuses pour le trésor public.
Que l’architecte apprécie exactement le rôle auquel il est appelé, qu’ilreprenne un peu de cette indépendance qu’on étouffe avec tant de soinchez lui par l’enseignement académique, qu’il laisse de côté un bagagede préjugés et de doctrines usées, pour s'attacher sérieusement à lapratique de son art; qu’il apprenne à raisonner ce qu’il conçoit, de ma-nière à pouvoir au besoin défendre ses idées, ce sera le moyen le plussur pour reconquérir la position qu’il perd chaque jour, et pour rendre àson art la place qu’il doit occuper.
Pour entrer dans la voie des dépenses raisonnables en fait de travauxpublics, il nous semblerait donc que les administrations compétentesdevraient chercher avant tout à se servir d’architectes capables de leurinspirer une entière confiance à tous les points de vue, comme talent etcomme caractère, et, cela étant, de n’exercer aucune pression sur la ré-daction de leurs projets et de leurs devis, non plus que sur le moded’exécution; que les architectes auxquels on fait l’honneur de confierl’érection d’un monument devraient moins sc préoccuper de produire uneffet sur les oisifs que île remplir exactement les programmes qui leursont fournis, par les moyens les plus simples, les plus économiques, en