DOUZIEME EKTIIETIEN.
101
restreint, peu importe; il faut présenter un devis qui ne s’élève qu’à1 500 000 francs. Plus lard, nous verrons.
Ce terrible « nous verrons plus tard » a été pour un grand nombrede nos confrères une bien lourde affaire. S’ils n’ont pas consenti à secontenter de cet ajournement de la difficulté à résoudre, s’ils ont résisté,n’a-t-on pas trouvé un autre architecte qui fera tout ce qu’on voudrasans s’embarrasser des suites ? Ce n’est donc pas toujours la faute del'architecte si les devis ne disent [tas la vérité.
Mais ce n’est là qu’un côté de la question. L’habitude (pie l’on a prisede nos jours de bâtir des édifices publics avec un luxe inouï et souventbien mal placé, de prodiguer les matériaux sans trop de raisons, esttelle que l’architecte chargé d’une construction, ne voulant [tas resterau-dessous des œuvres de ses confrères, est disposé à renchérir encoresur ce luxe, à être plus prodigue de matériaux de choix. Les entrepre-neurs sont les premiers à le [tousser dans cette voie; ils y ont tout intérêtd’abord, puis ils ont aussi leur amour-propre. Est-il beaucoup d’artistesassez fermes, assez sages [tour ne [tas se laisser séduire en pareille occu-rence? qui consente, [tour rester dans les limites de ses devis, à paraîtrepauvre, sans invention, devant un public qui ne voit guère dans unmonument qu’une façade [tins ou moins décorée de colonnes, de pilastreset de sculptures. Le monument terminé, ce public, qui le paye cepen-dant, s’enquiert-il de ce qu’il a coûté, si la dépense est proportionnée auservice (|ue lui rend cet édifice, s’il ne serait pas aussi bon, aussi utileet aussi beau même, ayant coûté un million de moins? Nous ne [tour-nons signaler qu’un bien polit nombre d’architectes qui aient su résisterà ces séductions. Leur en sait-on gré? Ne les avons-nous pas souvententendu accusés de sécheresse, de manque d’imagination?
Un riche particulier qui fait bâtir un hôtel ou un château pour lui,peut'en user à son aise avec l’architecte qu’il choisit; il peut lui imposertoutes ses fantaisies, faire recommencer dix fois, si bon lui semble, unedécoration, une ordonnance d’architecture ; il peut satisfaire tour à tourles caprices de la maîtresse du logis, des amis, des gens de goût, grandsdonneurs de conseils, qui sont bien aise de laisser la marque de leur im-portance. Le particulier qui paye de ses propres deniers est parfaite-ment libre de s’adresser, pour élever la bâtisse, à un jardinier ou à unpeintre décorateur, si l’arcbilectc prend son rôle assez au sérieux pourne pas se prêter à toutes les fantaisies du maître, fussent-elles sau-grenues.
Mais il n’en est pas ainsi lorsqu'il s’agit d’édifices publics, élevés àl’aide des ressources de l’État ou des communes. Alors l’administrateur,
"• l/l