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ENTRETIENS SliR l/ARCHITECTURE.
Un jour l’État reconnaît qu’on abuse de sa protection; alors il prétends'immiscer dans les questions de doctrine ou d’art, afin de définir sonaction et de sauvegarder sa responsabilité, mais il en fait trop ou troppeu; il ne connaît rien en ces matières, et pour peu qu’il paraissevouloir mettre la main sur l’arche sainte, on le dénonce comme tyran-nique. Ainsi est-t-il toujours dans cette alternative, ou de passer pouroppresseur, ou d’accepter le rôle d’exécuteur de décrets dont il n’a pasà connaître. Pour ce qui louche aux questions d’art, n’avons-nous pasvu, il y a quelques années, les choses se passer exactement ainsi, àpropos des réformes tentées par l’État dans l’enseignement des beaux-arts.
L’État a cru voir que l’Académie des beaux-arts — qui, légalement,n’était pas directrice de l’enseignement, mais qui, de lait, le tenait soussa main, — laissait péricliter les études; il a prétendu, toujours en saqualité de protecteur responsable, réformer cet enseignement, le modi-fier (très-légèrement d’ailleurs) en quelques-unes de ses parties. On serappelle le concert de réclamations qui, alors, s’éleva du sein de l’In-stitut. La république des arts fut déclarée en danger, et les manifestes,protestations, mémoires tombèrent dru comme grêle sur l’administra-tion, qui soutint le premier feu, mais qui ne tarda guère à se reconnaîtrevaincue en ce combat inégal, et se borna à prendre certains ménage-ments pour masquer sa retraite sous l’apparence de la conciliation et durespect pour des intérêts qu’elle avoua n’avoir peut-être pas assez mûre-ment appréciés. Ce qui n’empêche pas, d’ailleurs, l’Académie des
beaux-arts de conserver, vis-à-vis cette autorité civile, qui avait ainsimis les pieds dans le domaine delà congrégation, une attitude boudeuseet défiante. Aujourd’hui les deux pouvoirs, l’un protecteur, l’autre pro-tégé légalement, sont officiellement réconciliés, mais cette réconciliationn’est obtenue qu’au prix d’une condescendance de plus en plus prononcéedu protecteur envers le protégé, qui devient si bien le maître, qu’ilabuse — comme font toujours les corps — de cette situation, au pointde provoquer une réaction. Si c’est à coups de décrets réformateurs quela réaction se fait, les choses reviendront toujours au même état. Il n’ya qu’un moyen de réformer les corps placés sous la protection de l’auto-rité civile, c’est de leur retirer cette protection; c’est, non de tenter deles convertir aux idées du temps par la voie des règlements, mais de neplus s’occuper de leurs affaires. Si l’Académie des beaux-arts cessaitd’être, comme sous Louis XIV , placée sous la protection de l’État, si onla laissait vivre de sa vie propre, peut-être rendrait-elle des services,mais on peut être assuré qu’elle ne serait un embarras ni pour les gou-