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contente plus de conjectures plus ou moins ingénieuses, d’opinions éta-blies sur une impression ou un sentiment, elle veut des preuves déduitesd’une façon logique. Dédaigner cette tendance du siècle, ce n’est pas ar-gumenter contre la méthode, c’est simplement faire preuve d’ignorance.Or, si pendant les derniers siècles il était permis de considérer les œuvresd’architectures laissées par les civilisations éteintes au point de vue de laforme seulement, de l’apparence, sans tenir compte des causes qui avaientproduit ces formes, cela aujourd’hui n’est plus possible. 11 en est demême de l’histoire; et, un écrivain qui prétendrait passer en revue lesformes diverses des gouvernements acceptées par les civilisations pas-sées, sans rechercher les causes qui chez les unes ont produit des théo-craties ou des monarchies, chez les autres des républiques oligarchiquesou démocratiques, serait considéré tout au plus comme un chroniqueur,non comme un historien. 11 résulte de la tendance de l’esprit du siècleque dans la politique pratique, actuelle, ces connaissances analytiquesdu passé, cette philosophie de l’histoire, deviennent nécessaires puis-qu’elles sont sans cesse invoquées sous forme d’arguments. Le derniersiècle avait déjà introduit cette méthode critique dans l’étude de l’histoire;.Montesquieu (I), Voltaire lui-même (2), ne se sont pas contentés de narrer,ils ont cherché à comparer, à apprécier, à tirer des conséquences qui, lors-qu’elles sont appuyées sur des observations bien faites, deviennent, pourla civilisation, des lois acquises, invariables, des axiomes. Même phéno-mène se produisit alors dans l’étude des sciences. Mais les arts, sous cerapport, étaient restés en arrière et, sauf quelques systèmes dogmatiquesnon expliqués, les critiques ne se servaient guère pour apprécier les œu-vres d’art que de leur sentiment personnel, ou jugeaient d’après lesgoûts instinctifs de la société au milieu de laquelle ils vivaient. Winkclmannle premier, en Allemagne , tenta d’ouvrir la voie à la méthode critiqueappliquée aux arts de l’antiquité. Bien que le champ de ses observationsfût peu étendu, cet effort eut pour résultat de porter un premier coup auxprocédés empiriques; on voulut voir dans les monuments autre choseque l’apparence extérieure, on commença à rechercher les causes quiavaient produit ces apparences. Mais nos artistes français ne mordaientque diflicilementaux méthodes critiques ; confiants en leur facilité, beau-coup crurent longtemps que l’ignorance de tout ce qui n’est pas le métierétait même une des conditions du talent. Dans ma jeunesse, j’ai eu des ca-marades, élèves architectes, qui se piquaient de ne point être lisarch,
( !) Grandeur et dècadenee des Romains. Espnt des lois.
( 2 ) Dietiunn. philosophique. Esstdsur les mœurs.