SEIZIÈME ENTRETIEN.
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d’être maniéré la plus insupportable. Mais si la composition de la statuaireappliquée aux édifices, _ ’ 'es belles époques du moyen âge en
France , se fait remarquer par la franchise du parti pris et par sa parfaiteconcordance avec la structure, l’exécution n’est pas moins digne d’attirerl’attention, car toujours cette exécution est en rapport avec la place, avecl’objet. Les artistes travaillaient sur le monument ou à côté du monument,sans jamais perdre de vue la place que leur œuvre devait occuper; soucieuxde mettre ces œuvres en harmonie avec l’architecture, ils semblaient con-cevoir et exécuter sous l’inlluence d’une seule pensée. Que l’architecteeût assez d’autorité et assez de savoir pour veiller lui-même à la compo-sition sculpturale et à son exécution, je n’oserais l’affirmer ; mais le faitdémontre que l’entente entre lui et les statuaires était assez complètepour faire croire à une seule et même direction. Il n’est pas douteux quecette entente n’existât chez les Grecs, ce qui n’ôtait rien à la valeur de lasculpture. Les statuaires ne sont donc pas dans le vrai en croyant qu’ilsn’ont à se préoccuper que du morceau qui leur est confié, et que le méritede leur œuvre est indépendant de la place qui lui est assignée. Maislaissons les dispositions générales, sur lesquelles il ne semble pas utile des’étendre davantage; [tarions de l’exécution.
Plus une œuvre de statuaire est grande d’échelle, plus elle est destinéeà être placée loin de l’œil, plus elle doit être traitée simplement. Je saisqu’il est difficile de faire grand et simple, mais je crois savoir aussi qu’onne fait grand qu’à la condition de procéder, dans l’exécution, par desmoyens très-simples. Retournons à l’antiquité. Les Egyptiens ont traité lastatuaire d’autant plus simplement qu’elle'est plus grande. On peut observerle même fait sur le petit nombre d’œuvres vraiment grecques que nous pos-sédons. Ces admirables artistes ont poussé aux dernières limites Fart desacrifier, dans l’exécution, comme nuisible, tout ce qui n’est pas indispen-sable à l’expression de la forme. Aucun monument ne donne une idée [dusclaire de la façon dont les anciens savaient traiter la statuaire colossale queles statues taillées dans la montagne et qui forment l'entrée du grand Spéosà Abou-Sembil, sur les bords du Nil, en Nubie (1). Seuls les grands traitscaractéristiques des figures sont conservés; seul le type est intact; toutce qui est détail est omis. Et cependant si l’on examine ces colosses avecattention, on reconnaîtra que l’exécution est d’une extrême délicatesse;le modelé est en même temps large et fin, traité avec amour, mais sansque l’artiste, maître de son ciseau, se soit laissé entraîner à faire plus
(1) Voyez l’Atlas des photographies de l’Égypte publié par M. Félix Teynard . Goupil,éditeur.