392
ENTRETIENS SUR l’aRCHITECTURE.
chose au hasard, s’il n’a pas tout prévu, s’il n’a pas fourni les explica-tions suffisantes; si, par suite, des malfaçons ou erreurs se produisent,c’est à lui, élève, que le maître s’en prend et, en ce cas, il risque de voirsa situation compromise. Cela, certes, constitue un enseignement peuélevé, mais qui produit des sujets utiles et prenant très au sérieux leurmétier.
A cette heure les jeunes architectes anglais , sentant l’insuffisance decette vieille méthode, tradition des corporations du moyen âge, n’ont pasété demander à leur gouvernement de prendre en main leurs intérêts ;ils ont simplement formé une association qui compte près de six centsmembres, payant chacun une cotisation annuelle de dix schellings. Lesséances et classes se tiennent pendant l’hiver. On se réunit le soir, touses quinze jours, pour discuter des questions posées par les membres. Cesdiscussions sont relatives, en général, à l’établissement de programmestrès-minutieusement détaillés.
Les classes comprennent : 1° la composition élémentaire, c’est-à-direl’exécution-esquisse d’un programme donné; le président fait des obser-vations sur les dessins, qui lui sont rapportés à la classe suivante avec dé-tails de construction, d’ornementation, etc. 2° La composition développée,c’est-à-dire comprenant des projets d’une étendue plus vaste ou d’uneexécution plus difficile. 3° La construction proprement dite, avec mémoiresexplicatifs, détails, développements au tableau, devant l’assistance.
Pendant l’été, l’association, par groupes, visite les chantiers, et fait descours de trigonométrie pratique et de lavis d’après nature. On lit des ou-vrages d’architecture en assemblée et on les commente ou on entame,sur leurs aperçus, des discussions. Des prix sont donnés dans chaqueclasse et distribués publiquement au commencement de l’année. Unebibliothèque est ouverte aux membres de l’association.
Cela est évidemment plus intelligent et plus utile que ne le sont lescharges d’ateliers en usage chez nous, les punchs et les serments exigésdes rapins.
En Allemagne , la position des architectes est plus ou moins indépen-dante, suivant les traditions locales. Il y a tout à croire que la Prusseunifiera aussi le régime sous lequel il leur sera permis de pratiquer leurart. Mais l’Allemagne a ses entraînements froidement passionnés, quisont peu favorables au développement régulier des arts. Tantôt elle pen-chera vers le moyen âge, tantôt vers l’art antique grec, et cela n’est pasle résultat de déductions logiques, c’est ce que nous appelons en France une mode; et chez les Allemands les modes sont tenaces et intolérantes.Un homme d’esprit, le vieux roi Louis de Bavière , avait eu l’idée, il y a