Band 
Tome deuxième.
Seite
409
JPEG-Download
 

VINGTIÈME ENTKETIEN.

Ù09

d’empressement qu’il est parmi eux des aspirants au fauteuil académique.J’ai personnellement été témoin des faits que j’énonce ici sans ambi-biguïtc, on me l’accordera; si bien qu’à diverses reprises et ayant cons-taté l’isolement de ces appoints indépendants adjoints aux membres delàcongrégation et à ses adhérents-aspirants, il m’a paru plus convenablede m’abstenir.

Voilà, pour le passé, comme ont été composés les jurys à l’occasionde concours solennels. Poursuivra-t-on les mêmes errements? Alors ilfaut s’attendre à ne trouver de concurrents qu’en dehors des notoriétés ;ce seront des concours d 'école. Il peut en sortir quelque chose, sanscontredit, mais c’est douteux. En tous cas, il est manifeste que lesarchitectes dont la valeur est incontestée n'iront pas se fourrer bénévo-lement dans ce guêpier, sachant que leur capacité reconnue, que leurexpérience acquise, que le soin et le scrupule qu’ils apporteront dansl’interprétation du programme, que l’exactitude de leurs estimations etles rapports exacts entre leurs projets et ces estimations, loin de leuroffrir des chances de succès, seront un motif d’exclusion ; car plus ilsmontreront les preuves de leurs capacités et moins leurs projets aurontchance d’être admis, par ce motif que la congrégation répugne aux.concours. Maîtresse de l’administration en France , elle trouve malséantque celle-ci ne choisisse pas, parmi scs membres, l'architecte attaché à unegrande œuvre ; donc elle fait et fera toujours en sorte — c’est dans sonrôle — que les concours aboutissent à des déceptions, soit au point devue de l’art, soit au point de vue administratif et financier.

Le plus sûr dans ce monde est de ne jamais demander aux hommes,et surtout aux corps qui n’ont pas à encourir la responsabilité indivi-duelle, des efforts de désintéressement ou d’héroïsme, dirai-je, qui ne sontjamais que l’exception. Or, demander à des artistes qui ont le sentimentjuste ou exagéré de leur valeur, qui ont obtenu de leurs pairs la plushaute distinction, qui ont l’ambition fort louable d’attacher leur nom à uneœuvre magistrale, qui ont passé leur vie dans l’espoir de .trouver uneoccasion favorable de montrer ce qu’ils valent ou croient valoir, quiont leurs passions d’école, de coterie, leurs antipathies et rivalités, devoir sans une certaine amertume celle occasion tant désirée leur échap-per, de contribuer même à ce que cette occasion soit par eux-mêmesfournie à un autre plus ou aussi capable, c’est demander à la naturehumaine plus qu’elle ne peut donner; c’cst tenter la vertu, ce qui estmauvais et dangereux.

Que faire donc? Et comment composer un jury, si l’on veut sérieuse-ment entrer, pour toute construction neuve, dans la voie des concours?