90 —
C’est ainsi que la nature se joue de toutes nos hypo-thèses sur la transmission des instincts de famille.M. Armand Séguier, dernier rejeton de la noble souchedont nous parlons, est né mécanicien ; les froides dispo-sitions du jus romanum et les nauséeuses annotations descodes n’eurent pas le don de l’intéresser au même pointque les ouvrages de physique et de technologie ; chosequi arriverait sans doute à beaucoup de légistes, si lehasard leur faisait ouvrir quelques traités aussi clairs etaussi attrayants, par exemple, que ceux du docteurArnott et de Péclet.
Non-seulement M. Séguier s’appropria, en peu d’an-nées, le précieux trésor des connaissances positivesamassées par nos devanciers, mais il voulut professerlui-même les sciences physiques ; et, descendant du ca-binet dans l’atelier, on l’a vu exécuter, de ses mains,toutes les opérations métallurgiques ; fondre, forger,tourner et ajuster toutes les pièces des machines qu'ilavait conçues, et dont il avait tracé l’épure en ingénieurconsommé. La pensée ne tardait pas à prendre uneforme et un corps entre ses mains habiles. Il est vraique rarement le grand moteur lui fit faute ; M. le baronSéguier a de la fortune, et chaque année il consacreune part déterminée de ses revenus à la réalisation dequelques-unes des nombreuses conceptions qui meu-blent son esprit, et dont il enrichit gratuitement l’in-dustrie.
S’il y a, comme on n’en peut douter, des moitiés, desquarts, des huitièmes d’homme, il en est aussi de com-plets; mais M. Armand a trouvé moyen de quadruplersa vie par son exactitude et son activité : il sait à la foisremplir ses fonctions de membre de la plupart des com-