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Tome premier.
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lieues, les malheureuses aiguilles; elles n’étaient pas percées !

Nous ne savons ee que sont devenus ces infortunésnégociants ; mais nous serions étonnés qu'ils n’eussentpas été massacrés, les barbares étant moins endurants,à ce qu’il paraît, que les civilisés sur l’article de la con-science ; car, dès que le commerce se fait à l’abri d’unarsenal de lois et de tribunaux, la bonne foi semble per-dre ses droits, et le débitant qui met encore de la pro-bité dans ses fournitures, est traité de niais par les adep-tes de la haute pègre commerciale. Il est même reçu dene parler qu’avec mépris de celui qui, pouvant fairefortune par un moyen quelconque, s’est trouvé arrêtépar des scrupules de conscience (1); car la fortune esttoujours honorée, n’importe d’où elle vienne. Lueribonus odor, ex re quâlibet : malheureusement la valeurintellectuelle n’a pas plus de cours aujourd’hui dans

(1) Nous cil parlons par expérience ; ayant été nommé, au tempsdu choléra, commissaire de la Belgique à Lille , pour forcer lesvoyageurs à faire une quarantaine de six jours avant de leur déli-vrer un passe-port sanitaire , nous avons non-seulement donnégratis plus de vingt-cinq mille signatures pour les personnes et le®marchandises, mais nous n’avons cessé de repousser toutes lesoffres d’argent qui nous étaient laites, soit pour abréger le tempsde la quarantaine, soit pour laisser entrer les paquets provenantdes zones infectées.

Bien que le préfet nous eût appris lui-même que, remplissantune mission consulaire, nous avions le droit de faire payer notresignature, nous ne pûmes jamais consentir à prélever un impôt surles Français, dans une ville de France .

Ce scrupule nous a fait repousser une fortune ; ce dont per-sonne ne nous a su le moindre gré, mais on nous a regardé commeun imbécile, et nous n’avons pas même reçu la médaille du choléraqui fut tant prodiguée.