BEAUTE.
67
suffisante, ou rappeler, en cas de besoin, quelques-unes des traditions de l’artde bâtir. C’est ainsi qu’il trace des refends, qu’il applique des pilastres sur lesmurs et des chambranles ou des archivoltes autour des ouvertures, qu’il diviseles voûtes en caissons, qu’il sépare la frise de l’architrave, et qu’il a créé cettenombreuse série d’ornements symboliques, les triglyphes, les consoles, lesmodillons, les denticules, etc. À la vérité matérielle, qui est son fondement leplus solide, et qu’il ne doit jamais dédaigner, il ajoute la vérité morale, dontl’importance au point de vue de l’art n’est pas moindre assurément, et quiouvre un plus large champ à l’imagination.
Un de ses mérites, en même temps qu’une de ses difficultés, est de réclamerplus impérieusement qu’aucun autre une très-grande perfection dans la forme ;car il est peu propre à éblouir, et son austérité n’est parfaite pour porter àl’indulgence. Sans doute il s’efforce de récréer, soit par des effets variés d’ombreet de lumière, soit par la richesse et l’éclat des matériaux, soit par d’heureusesassociations de substances diversement colorées, telles que les pierres, les briques,les marbres, les bois, quelques métaux, etc.; mais on doit reconnaître qu’il nesuffit pas toujours, et qu’un grand nombre d’édifices réclament davantage, sur-tout pour les intérieurs. On ne saurait nier que l’architecture, lorsqu’elle estréduite à ses seules ressources, ne fasse parfois une bien faible part à l’agrément,et ne se trouve souvent trop limitée dans ses expressions. Que la sculpture et lapeinture, plus largement dotées sous ce rapport, lui viennent donc en aide etcomblent ses lacunes.
Décoration feinte ou sculptée. Elle diffère complètement de celle dont on vientde parler; ses procédés, son origine, son caractère sont tout autres. Elle ne s’ap-puie plus sur des données matérielles; elle ne cherche plus à rappeler des pro-cédés de construction; elle n’appartient plus à cette admirable théorie qui voitle beau dans la manifestation du vrai et du bon; si elle associe encore l’esprità la matière, elle n’établit plus une connexion aussi intime entre ces choses.L’ornementation n’est plus liée à l’édifice d’une manière aussi indissoluble, etne se montre plus comme une conséquence en quelque sorte nécessaire des con-ditions fondamentales du sujet; mais elle a par cela même plus de liberté, té-moigne davantage de son indépendance, et, d’ordre exclusivement spirituel, estplus tranchée dans son caractère. Moins sérieuse, moins austère, elle ouvre unelarge porte à la fantaisie et même au caprice, et peut se plier à toutes les con-venances. Elle répond plus complètement à la variété infinie des esprits et des