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TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
visage que l’ensemble; elles sont, pour ainsi dire, dotées d’une couleur domi-nante, et ne sortent pas de ses nuances. Tous les esprits semblent obéir à lamême pensée, tous les hommes avoir les mêmes goûts. La voie des artistesest toute tracée alors; ils se conforment à l’impulsion qui leur est donnée;ils sont de leur temps, ne connaissent que lui, et n’ont point à s’inquiéterde ce qui s’est fait avant eux. Ce sont les époques privilégiées, les grandesépoques de l’art; époques indépendantes, qui ont foi en elles-mêmes, quiseules élèvent des oeuvres véritablement belles, et constituent des styles dontl’histoire se charge de garder le souvenir. L’Inde, l’Égypte, la Grèce ,l’Étrurie , Rome, ont eu les leurs dans l’antiquité, et l’on peut citer, cheznous, les xn e , xm e , xvi e et xvn e siècles. Mais il est aussi des temps où lessymptômes sont bien différents; où les esprits flottent irrésolus dans toutesles directions; où, sans foi dans le présent, les prédilections se portent surles passés les plus divers, et où les vagues espoirs font rêver les avenirs lesplus opposés. Ils sont tristes pour l’art, et n’ont point de style qui leur soitpropre. On accuse alors l’impuissance des architectes; comme si l’on pou-vait élever l’édifice où manque le terrain; comme si l’art pouvait s’em-preindre d’unité quand il n’y en a pas dans la société appelée à l’enfanter,et se revêtir d’un caractère tranché quand il ne trouve autour de lui qu’in-décision et anarchie. Et d’un autre côté, tantôt on veut tel style du passé,tantôt tel autre. Il n’est plus permis à l’architecte de ne pas s’enquérir desétats antérieurs de l’art; il doit connaître les principaux systèmes d’archi-tecture, et se bien rendre compte de leur esprit. Appelé à se servir de lan-gues étrangères, il faut qu’il apprenne à les parler correctement, à lesmanier comme il ferait de son idiome natal, s’il ne veut être condamné àne pouvoir sortir de serviles reproductions. Il faut surtout qu’il ne se laissepas entraîner à associer, dans un même édifice, des formes empruntées àdifférentes époques. Les compositions hybrides sont toujours vicieuses; nonpas seulement parce qu’elles blessent les érudits (ils sont rares), mais parcequ’il y a entre toutes les parties d’un même style d’architecture, entre tousles mots de cette langue, une corrélation intime, qui repousse les inspira-tions étrangères, tout en admettant largement les modifications. Il ne peut yavoir harmonie où les éléments sont puisés dans des ordres d’idées dif-férents.
Une étude de l’art, et particulièrement des styles les plus caractérisés,