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TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
n’étaient favorables à leur établissement; beaucoup enfin sont exécutés surune échelle trop restreinte pour produire une profonde impression. Riende semblable à Amiens . La cathédrale est fondée en 4220, au moment oùle nouvel art vient de s’épanouir, s’est débarrassé de toute entrave, et, fortde sa jeunesse et de sa foi, est également éloigné des timidités du commen-cement et des exagérations de la fin; elle s’élève avec rapidité, sous ladirection du plus illustre architecte de l’époque, Robert de Luzarches, et siles successeurs de l’éminent artiste ne respectent pas scrupuleusement lesdessins qu’il a laissés, du moins ne s’en écartent-ils pas tellement que l’œuvrecommune ne présente, surtout à l’intérieur, plus d’unité qu’aucune autre;c’est dans le domaine royal, qui a vu naître et se développer le nouveaustyle, qu’elle se construit, entourée d’autres édifices du même genre, sousles yeux d’un public enthousiaste et par les mains habiles d’ouvriers exercésqu’anime un même esprit. Quant aux proportions, elles dépassent tout cequ’on avait vu jusqu’alors, car la grande nef a près de 45 mètres d’ouver-ture d’axe en axe des points d’appui, et sa hauteur sous clef est de 45 mètresenviron. Aussi ce monument est-il des plus précieux pour l’histoire de l’art,et a-t-il exercé une immense influence, non-seulement en France , maisencore à l’étranger. A peine était-il sorti de terre, que sa réputation étaitétablie, et qu’on le prenait pour modèle.
Ajoutons, pour rester dans le vrai, que la cathédrale d’Amiens n’a pasété sans se ressentir de cette sorte de lassitude qui s’empare des esprits, lorsquela durée d’une opération dépasse une certaine limite. Les parties supérieuresdu transsept et du chœur, qui ne furent élevées que dans la seconde moitiédu xm e siècle, n’ont déjà plus cette ampleur relative de formes et cette 'solidité de construction qu’on admire dans la nef, quand on la compare auxautres œuvres contemporaines; et la façade occidentale n’a reçu, ni le dévelop-pement, ni le caractère monumental qui étaient dans la pensée de Robertde Luzarches. Les fondations établies par lui pour recevoir les deux toursont été abandonnées en partie, et ces tours, réduites à moitié de l’épais-seur qu’elles devaient avoir, moins élevées sans doute que ne le compor-tait le projet primitif, ne sont plus en harmonie avec le magnifique vaisseauqu’elles accompagnent.
Les dispositions du plan sont celles de l’Abbaye-aux-Hommes , dans cequ’elles ont de plus général; mais les proportions sont beaucoup plus