ÉGLISES.
287
à côté d’ornements archaïques, il en est qui sortent complètement des tradi-tions; les proportions n’ont pas encore la hardiesse qu’elles montreront plustard. Le style de cette époque est ce qu’on a justement appelé le style detransition. Il a régné plus longtemps en France que partout ailleurs, parceque là était le point de départ, le foyer de l’élaboration, et,il y a laissé denombreux monuments, parmi lesquels on doit citer en première ligne la cathé-drale de Noyon , important édifice dont nous regrettons de ne pas mettre lesdessins sous les yeux du lecteur (1). On peut assigner la seconde moitié duxii e siècle à cette période de lutte ou d’hésitation. Dès le commencement du sièclesuivant, le nouvel art, l’art ogival, est complètement constitué, et est exclusifdans toute la portion du territoire qui reconnaît le pouvoir royal. Si quelquesmoines tracent encore des projets d architecture romane dans le fond deleurs cellules, ils sont sans action au dehors, et leurs regrets sont impuissants.Il n’y a plus trace de plein cintre ni d’ornementation byzantine à partir despremières années du xm e siècle.
Les planches 58, 59 et 40 représentent le plan et les coupes (2) de celuides monuments de cette- époque qui paraît avoir le plus de droits à êtreprésenté comme un type, comme l’expression la plus complète du systèmed’architecture auquel il appartient. Nous voulons parler de la cathédraled’Amiens .
Cathédrale d’Amiens . Sans doute le xm e siècle a légué à notre admirationun grand nombre d’autres édifices de haute importance, mais on peut direqu’aucun d’eux n’a un caractère aussi complet, et n’est d’un aussi précieuxenseignement. Les uns, tels que l’église de Saint-Denis, les cathédrales deChartres, de Paris et de Bayeux , commencés avant que l’art ogival fûtpleinement constitué, portent de trop nombreux témoignages du style anté-rieur; d’autres, au contraire, ont vu leurs travaux se prolonger jusqu’àl’époque, si vite arrivée, de la décadence, et de déplorables modificationss’introduire dans leurs dispositions primitives; il en est qui ont été importésdans des provinces où, ni l’état des esprits, ni la nature des matériaux
(1) Une fort intéressante monographie a été publiée sur cet édifice par M. Vitet. Elle fait partie de lacollection des documents inédits sur l’histoire de France. Paris , imprimerie royale, 18ii5.
(2) Notre format ne nous permettait pas de donner en entier la coupe longitudinale, à moins deréduire l’échelle dans une forte proportion. Nous nous sommes borné à représenter la croisée et unetravée de chaque côté.