ÉGLISES.
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Veut-on d’autres témoignages dü même esprit? Qu’on examine les piliersplacés à l’intersection des branches de la croix. Ils sont d’assez faibles dimen-sions, puisqu’ils s’inscrivent dans un carré de 2 m ,50 de côté, et cependantchacun d’eux ne compte pas moins de seize colonnes sur son développement.Aussi, plusieurs de ces points d’appui fictifs ont-ils plus de cent-trente foisleur diamètre en hauteur. On leur a donné d’ailleurs une apparence d’utilité :on les a fort habilement rattachés à la construction superposée, en multipliantles nervures de la voûte, et attribuant une colonne à chaque nervure. L’har-monie est parfaite, et si la forme n’est pas très-judicieuse au fond, au moinsa-t-elle quelque chose de spécieux, et concourt-elle à l’effet de l’ensemble.
Qu’on jette encore les yeux sur les têtes des murs qui séparent les cha-pelles absidales. On y verra des groupes de colonnes isolées, dont quelques-unes n’ont guère que 0 m ,20 de diamètre sur 14 mètres de hauteur, et quireçoivent pourtant des retombées de voûtes. Or rien de semblable ne s’étaitjamais produit, n’était entré dans la pensée d’aucun architecte. Sans doutela hardiesse est plutôt apparente que réelle, ces colonnes sont des hors-d’œuvre, et ne supportent pas le fardeau qui semble peser sur elles; maisil s’agit des apparences et non du fait, et l’on doit reconnaître qu’il étaitimpossible de sacrifier davantage au caractère, de montrer plus de dédain pourles propriétés de la matière, et de mieux s’attacher à frapper l’imagination,même au risque de blesser l’intelligence du spectateur.
Le mouvement qui s’était produit dans le nord de la France était tropconsidérable pour s’y renfermer ; il répondait trop bien aux dispositionsnouvelles des esprits pour ne pas se propager au dehors. Il envahit bientôtd’autres provinces de l’ancienne Gaule, l’Allemagne et l’Angleterre. Mais cece fut point sans éprouver quelque résistance. On renonça difficilement auxdispositions générales dont on avait l’habitude, et l’on se borna d’abord àleur appliquer les nouvelles formes décoratives. Ce fut toujours le mêmeesprit, s’attachant aux détails; et respectant les dispositions générales.
Cathédrale de Poitiers. Ainsi la cathédrale de Poitiers , qui date de lafin du xii e siècle et du commencement du xm e , reproduit, dans ce qu’ellesont de capital, les dispositions de la plupart des anciennes églises du Poitou.La largeur des nefs latérales y diffère peu de celle de la nef principale, et lesvoûtes qui couvrent cette dernière sont établies à même hauteur que cellesdes premières, dans toute l’étendue du chœur (la partie la plus ancienne du