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TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
avait pris, en tète de la civilisation, la place naguère occupée par nous;quelle avait produit le Dante, Giotto et Brunelleschi , pendant que nousnous traînions péniblement dans une voie sans issue; que nos yeux nes’étaient ouverts à ses lumières que lors des invasions de Charles VIII et deLouis XII; et que François I er jugea nécessaire d’appeler un grand nombred’artistes italiens, peintres et architectes, afin d’introduire en France l’artrégénéré, et de rompre complètement avec les traditions du passé. L’imi-tation pourtant ne fut pas servile. Il y a une telle virtualité dans notre paysque les importations étrangères y sont toujours de courte durée. Il trans-forme vite en s’assimilant. La Renaissance française a eu presque immédia-tement son caractère spécial, et, dussions-nous être taxé de partialité, nousdirons qu’elle nous paraît avoir été supérieure à celle de l’Italie , en fait destyle d’architecture. Elle est plus vraie, -plus variée, d’un goût plus lin. LesPierre Lescot, les Jean Bullant, les Philibert Delorme, les Ducerceau ontcertainement montré plus d’invention et un sentiment plus délicat de l’artque leurs contemporains d’Italie , les Vignole et les Palladio, les architectesclassiques de nos académies.
C’est dans les palais surtout que nos architectes de la Renaissance ontprouvé leur indépendance, leur judicieux esprit et leur excellent goût. Quelpalais d’Italie peut être comparé au Louvre de Pierre Lescot ? Où trouverautant d’élégance dans la forme, autant de richesse sans confusion, de déli-catesse sans maigreur? Quel goût parfait dans toutes les parties de l’œuvre !Que c’est bien là le séjour du souverain de la France du xvi e siècle (1) !
Mais il faut reconnaître que, si ce monument atteint à la perfection sousle rapport de la forme, ses distributions laissent beaucoup à désirer. Il nesemble pas qu’elles obéissent à une loi; les corps de logis sont simples enprofondeur, et les salles se suivent, sans destinations bien marquées, sansdégagements, et sans ces nombreux cabinets dont l’utilité est si fort appréciéeaujourd’hui. On croirait que l’édifice trouve en lui-même sa raison d’être,et laisse à qui voudra l’habiter le soin de s’accommoder de ses dispositions.L’architecture n’obéit pas, elle commande ; il semble que, fière de sa beauté,elle n’admette pas qu’on lui puisse demander autre chose.
(l) Voyez la planche 38 de notre première partie.