MAISONS DE CAMPAGNE.
559
ment dont l’apparence champêtre contraste avec la régularité précédente, et dontle milieu est occupé de chaque côté par de moins grands platanes; viennentensuite des plants d’acanthe et d’autres configurations disposées de manière àreprésenter divers noms.
» À l’extrémité, une treille, soutenue par quatre colonnes en marbre deCaryste, ombrage une salle de festins champêtre dont la table et les lits sontde marbre blanc. Du dessous des lits, l’eau s’échappe en plusieurs jets, commesi elle était pressée par le poids des convives, et elle est reçue dans un bassinde marbre poli qu’elle remplit sans jamais déborder, grâce à un tuyau de dé-charge qu’on n’aperçoit pas. Quand on mange dans cet endroit, les plats lesplus forts et le principal service se rangent sur les bords du bassin; tandis queles mets les plus légers se servent sur l’eau et voguent sur des plats faits enforme de barques ou d’oiseaux aquatiques. En face jaillit une fontaine quireçoit et renvoie sans cesse la même eau. Après s’être élevée, cette eau retombesur elle-même, et, au moyen d’issues convenablement pratiquées, elle est reçuedans un réservoir pour s’enlever de nouveau (1). La salle champêtre et la piècedont je vais parler sont en regard et se servent d’embellissement réciproque.Cette dernière est très-belle, et brille des marbres les plus précieux. Les porteset les fenêtres hautes et basses sont toutes couronnées de verdure. Tout prèset en renfoncement, on trouve une petite pièce qui est et qui n’est pas unechambre à coucher : il y a cependant un lit. Malgré la multiplicité des fenêtres,le jour y est modéré par l’effet d’une treille qui monte en dehors le long desmurs et arrive jusqu’au comble. Vous croiriez être dans un bois, mais avecl’avantage de vous trouver à l’abri de la pluie. Ce lieu a aussi sa fontainedont l’eau disparaît immédiatement. Des sièges de marbre, placés en plus d’unendroit, comme dans l’autre pièce, invitent à se reposer ceux qui sont fatiguésde la promenade. Près de chaque siège sont de petits bassins. Tout le long del’hippodrome circulent des ruisseaux dont l’eau, docile à la main qui la con-duit, murmure dans ses rigoles, et sert à entretenir la verdure par des irriga-tions, soit d’un côté, soit de l’autre, soit partout à la fois.
» Je vous aurais, depuis longtemps, fait grâce de ces détails, en m’évitantle reproche d’être minutieux, si mon dessein n’avait été de vous faire parcourir,
(1) Ceci n’est pas clair. Ou Pline se trompe, ou il oublie de parler du malheureux esclave chargé defaire remonter l’eau.