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TRAITÉ D’ARCHITECTURE.
en ce qui est si curieux sous le nom de machine de Marly, en parcs, en forêtsornées et renfermées, en statues, en meubles précieux, en grands arbres qu’ony a apportés sans cesse de Compiègne , et de bien plus loin, dont les trois quartsmouraient et qu’on remplaçait aussitôt, en allées obscures subitement changéesen d’immenses pièces d’eau où l’on se promenait en gondoles, remises enforêt à n’y pas voir le jour dès le moment qu’on les plantait, en bassinschangés cent fois, en cascades de même, en ligures successives et toutes diffé-rentes, en séjours de carpes ornés de dorures et de peintures les plus exquises,à peine achevés, rechangés, et rétablis autrement par les mêmes maîtres uneinfinité de fois; que si l’on ajoute les dépenses de ces continuels voyages quidevinrent enfin égaux aux séjours de Versailles , souvent tout aussi nombreux,et tout à la fin de la vie du roi, le séjour le plus ordinaire, on ne dira pas tropsur Marly en comptant par milliards. »
Peut-être bien cette évaluation est-elle quelque peu exagérée; mais quellevive peinture des entraînements de l’orgueil et de la toute-puissance ! Ajoutonsque ces somptueuses constructions ont disparu, qu’on en trouve à peine quel-ques traces sur le sol qu’elles couvraient jadis, et qu’à en juger d’après lesdessins qui ont été conservés, l’art n’a point à regretter cette ruine prématurée.
Le château consistait en un pavillon carré au centre duquel s’élevait unvaste salon octogone éclairé à sa partie supérieure; dans les angles étaientdistribués quatre petits appartements portant les noms du roi, de la reine,du dauphin et de la dauphine. A droite et à gauche du parterre d’honneur,qui entourait le pavillon royal, se trouvaient des dépendances pour les com-muns et pour les logements qu’ambitionnaient les courtisans avec tant d’ar-deur. Un plus grand parterre, situé en avant, et décoré de plusieurs piècesd’eau, était accompagné de six pavillons exactement semblables, sur l’un etsur l’autre de ses longs côtés. Ces pavillons, que réunissaient des berceaux deverdure, renfermaient chacun deux petits appartements destinés aux seigneursde la cour. On a vu dans cette disposition une allégorie au soleil, que le roiavait pris pour emblème. Un vaste soleil occupait en effet le sommet de lavoûte du grand salon, et les pavillons pouvaient rappeler, les douze demeurescélestes successivement parcourues par l’astre du jour. On sait aussi queLouis XIV se plaisait à visiter chaque matin tous ces pavillons, dont les hôtesempressés venaient à sa rencontre, et se joignaient ensuite à son cortège,après lui avoir rendu leurs hommages comme à une divinité.