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PREMIER PROBLEMEC’est ce qui faic que j’ay beaucoup estime la pensée de celuy qui proposa pourEftrenes à tous les Architectes, au commencement de Tannée 1664. un Paradoxe, com-me il dit, c'est à dire, un Probleme à refondre touchant la perfection de Cenflûre ou írmatg desColonnes , touchée imparfaitement par Vitruve & non encore refoluë ny regle'ê qu impar-faitement , quoy qu ArchiteCtoniquement elle le puijfe eftre parfaitement , qui íont les ter-mes dont il s'est servi.
Et j'ay crû, dis-je, qu'un homme estoit doublement louable, qui ne se contentantpas de rechercher ce qui n'est pas encore connu dans les Sciences, 6c de consacrer auPublic le fruit de son travail 6c de ses veilles, vouloit encore exciter les autres à sonexemple, 6c réveilloit leur vertu endormie, en leur proposant à refondre ce qu'il auroitdéja pû reconnoistre par son étude. D’autant plus que c'est à un sentiment tout sem-blable que nous devons ce que nous avons de plus beau dans les Mathématiques, 6cqu’il paroist qu’il ne s’est jamais fait de plus notable progrès dans ces sciences, quelors que les grands Genies fe sont,dans divers siécles, proposez Tun à l’autre des que-stions , 6C que par une eípece d’émulation honneste leur ame s’est enflammée decette genereuse ambition, qui nous a produit des Ouvrages fi excellens, qu’ils sem-blent estre plutost partis de î’intelligence des Anges, que de la méditation laborieusede Teíprit humain.
Et comme TArchitecture n'a receû ce qu’elle a de bon 6c de magnifique que desseiences Mathématiques, qui par Tindubitable vérité de leurs démonstrations remplis-sent entièrement la capacité de nostre esprit, 6c ne luy laissent rien à desirer sor le sujetqti'elles luy ont explique : II est aisé de comprendre que c'est d'elles qu’elle doit enco-re attendre ce qui manque à fa perfection-, 6c que cette lumière, par qui Ton con-noist la différence qu'il y a de pouvoir rendre raison de son Ouvrage, ou de travail-ler en tastonant, ôc à Taveugle, ne luy peut venir que des mains libérales de la Géo-métrie.
Cpmbien donc seroit-il à souhaitter, que ceux qui travaillent en Architecture vou-lussent aussi s’appliquer aux Mathématiques,ou que ceux qui se font avancez dans cessciences donnassent aussi quelque partie de leur temps à TArchitecture ? Et Ton doit
pour ce sojet estimer Sc recevoir agréablement toutes les choses qui peuvent contri-buer à porter les hommes à cette étude , au nombre desquelles je meurois ce Para-doxe, si T Auteur s’y estoit un peu plus clairement expliqué qu'il n'a fait, 6c s’il avoitdonné à entendre quelle est cette maniéré de diminuer les Colonnes, qu’il appelleParfaite : parce que ces sortes de dispositions, qui ne sont que pour la satisfaction del’œil, ÔC qui n’ont point de fondement certain ny arresté dans la nature,dépendenttellement dugoust, 6c de la diversité des opinions, qu’une Colonne peut paroistreaux uns trop Suelte , ainsi que les Italiens les appellent, ou déliée, que d’autres la trou-veront trop écrasée.
De sorte , qu'il semble que pour travailler avec quelque fruit à la solution deson Paradoxe ,il auroit esté juste qu’il eust déterminé ce qu'il entend par ce mot deParfaitement , 6c qu'on pût comprendre, si cette façon de description qu’il propose àrefondre ^ArchiteCtoniquement , est déja en quelque usage, au moins méchanique,parmi lesOuvriers ; ou si c’est une manière toute nouvelle, 6c d’une forme différente de toutescelles dont on a jufqu’icy diminué les Colonnes : estant vray que ces Propositions va-gues 6c indéterminées, 6C en Texplication deíquelles le fort a plus de part que le rai-sonnement ou la vivacité de Timagination, sont d'autant plus défectueuses, que Thon-neur mesine quiseroit dû à celuy qui auroit expliqué Ténigme, ne dépend que du ca-price de celuy qui propose , lequel peut dissimuler tant qu’il luy plaiss:, 6c toûjoursdire que Ton n’a pas encore trouvé ce qu’il demande.
Tant y a, que m'estant souvenu d’avoir autrefois remarqué, en traçant des Colon-nes à la maniéré que Vignole enseigne pour les Ioniques 6c Corinthiennes, que la li-gne de leur Contour estoit celle de Nicomedes : je dis à M. Bosse, qui me fit voir aumois de Janvier de la mesme année 1664. ces Eftrenes à tous les Architectes , que bien
que