DE LA DIMINUTION DES COLONNES. 5
C’est de quoy j’ay voulu vous faire part, en attendant que nous ayons de l'Au-teur du Taradoxe quelque chose de considérable fur cette matière , ainsi qu'il y alieu de l'efperer par íès Eflrenes, Vous aíseurant au reste que bien qu’il y ait raisond’estre surpris, que depuis tant de siécles qui ont produit de si grands Hommespour VArchitecture, lesquels ont si bien tracé les diminutions Sc l’enflûre des Colon-nes, personne, au moins que je sçache, n’ait sait réflexion à cette maniéré de des-cription que le seul Vignole, Sc que depuis luy tant de braves Architectes se soientheureusement servis de son invention, sans avoir rien dit de la nature de la Courbequ’elle produit, ny du moyen de la desseigner tout d’un trait : Quoy qui’l y ait,dis-je , beaucoup de sujet de s’en étonner, je vous proteste néanmoins que je n'aiaucune vanité que cette pensée me soit venue , de laquelle je me glorifie moinsque de Vhonneur que vous me faites de m'aimer. Je fuis, £rc.
Ce z 4. Janvier i 6 S 4.
TROISIEME DISCOURS
SVR LA NATVRE ET DESCRIPTION
de la Ligne qui fait le Contour des Colonne.
Doriques & Toscanes.
A Yant ainsi discouru sur les propriété? de la Ligne Courbe qui fait le Contourdes Colonnes Ioniques, Corinthiennes Sc Composées, j’ay voulu considérer Vau-tre maniéré que Vignole décrit, Sc dont il se sert pour la diminution des ColonnesToscanes Sc Doriques. Et après avoir soigneusement médité sur la nature de la Li-gne qu’elle produit ; j ay reconnu que c’estoit une Ligne de la me sine nature quecelle que décriroit une fléché , ou toute antre chose tirée Sc jettée horizonta-lement , dans lopinion de ceux qui croient qu un poids tombant de la surfacede la terre se trouveroit justement au bout de six heures au Centre ( si la terre semouvoir du mouvement journalier, ) Sc passant outre par la force qu'il auroit aqui-se en ía cheute , il arriveroit au bout d'autres six heures à la surface des Antipo-des, si le chemin luy estoit ouvert: D où descendant Sc repassant en six heures une
autre fois par le Centre, il sc trouveroit au bout d’un jour préfix au mesme lieud’où il estoit premièrement parti, si l'air , ou les autres empeschemens du dehors nel’arrestoient.
Je dis donc qu’un trait poussé vigoureusement, Sc parallèle à l’horizon décriroiten son passage une Ligne de la mesme nature de celle dont on se sert pour la dimi-nution des Colonnes Toscanes Sc Doriques, si cette opinion estoit véritable : parcequ’estant porté d’un mouvement de Lation égale Sc uniforme, qui luy est imprimépar l’impulsion, Sc qui fait que les distances qu’il parcourt font entre elles en meímeproportion que les temps qu’il emploie à les parcourir, (c’est à dire, comme les Arcsde l’Equateur qui passent cependant fous le Méridien, )Sc d’un autre mouvementinégal, Sc qui s’augmente continuellement, que son propre poids luy inspire , Sc quidans lopinion susdite se fait sur la proportion des Sinus verses des mesmes Arcs del’Equateur; il paroist que la Ligne ,que ce trait décriroit en son passage, seroit com-posée de ces deux mouvemens, dont l’un est égal, uniforme, Sc répondant auxArcs de l’Equateur ; lautre inégal, continuellement précipité, Sc répondant aux Si-nus verses des mesmes Arcs.
Mais la Ligne du Contour des Colonnes Toscanes Sc Doriques se fait par la com-position de deux mouvemens pareils, ainsi que je le démontrerai cy - dessous ; Scpartant la Ligne que décrivent les corps jettez horizontalement, comme un trait