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qui repoussent les persiennes, sans effort pour la maî-tresse qui ouvre ou ferme ses rideaux, pour le maître oule valet qui fait jouer la crémone, etc., etc.
Et que de fenêtres différentes, depuis les « montres »de nos élégants magasins jusqu’aux « châssis à tabatière »des mansardes, depuis les fenêtres-portes s’ouvrant surle jardin ou sur le balcon des premiers étages de nosgrandes habitations jusqu’aux soupiraux des caves, de-puis les erkers d’Allemagne et les boiv - Windows d’An-gleterre, qui accidentaient si souvent les façades dumoyen âge, et que nos voisins de l’Est et de l’Ouestont eu le bon sens et le bon goût de ne pas répudierdans leurs constructions modernes, jusqu’aux mono-tones rectangles de la plupart de nos maisons de France !
Qu’on se rappelle ensuite la grande diversité de noshabitations, depuis les misérables chaumières des paysansjusqu’aux majestueux palais des rois !
Et combien s’allongerait encore cette liste des diversesespèces de fenêtres, si l’on considérait non plus seule-ment la série des constructions privées, mais aussi lescatégories d’édifices de tous genres, depuis ceux qui re-doutent la lumière, comme les mausolées, jusqu’à ceuxqui l’ont recherchée à l’excès, comme les palais de cris-tal ! Mais en se limitant strictement à ce qui concerneles maisons d’habitation, qu’on dise si l’étude de la fe-nêtre est une si petite question.
Bien d’autres parties de nos demeures réclameraientde pareils développements dans un traité complet d’ar-chitecture privée. Il n’y a pas un seul détail de nos mai-sons qui ne pût donner lieu à un gros et utile volume.Pour en convaincre le lecteur, ne suffit-il pas de nommerla cheminée, le chéneau, la couverture, etc., etc.? Aplus forte raison en serait-il ainsi si l’on voulait étudier,non plus de simples détails, comme la fenêtre ou la che-minée, mais toutes les dispositions architecturales cor-respondant à chaque service spécial d’une maison : lacuisine avec toutes ses dépendances (rôtisserie, poisson-nerie, atelier de pâtisserie, réserves, relaveries, chemi-nées, fourneaux, distribution d’eau, etc., etc.); la salleà manger avec ses offices et ses accessoires ; le salonavec ses succursales (salon d’attente, petits salons, bou-doir, salles de jeu, de billard, fumoir, etc., etc.); lachambre à coucher avec ses cabinets de toilette, de bains,et leur complément de garde-robes et d’appareils en toutgenre. Chacune de ces études ne ferait-elle pas surgirune multitude de problèmes difficiles, invoquant pourleur solution les plus ingénieux arrangements, le con-cours des industries les plus perfectionnées et celui dugoût le plus raffiné?
Un traité complet d’architecture domestique devraitcependant examiner à fond, successivement, chacune deces questions et bien d’autres ; mais , encore une fois ,les volumes que nous livrons au public en ce momentne forment pas à eux seuls un traité. C’est à la foismoins, et pour quelques-uns c’est mieux que cela : c’estune collection de spécimens donnant la pratique la plusavancée, la plus perfectionnée de notre architecture pri-vée. Au lieu d’offrir au lecteur des préceptes et des con-seils sur la manière de résoudre des problèmes d’archi-tecture domestique, ce sont les solutions mêmes de ces
problèmes, telles que les or.t conçues nos architectes lesplus expérimentés, que nous lui communiquons.
Une dernière observation est nécessaire pour fairebien comprendre le caractère de ce livre : elle est rela-tive au point de développement où se trouve actuellementnotre architecture privée.
Jusqu’aujourd’hui on a classé les constructions pri-vées en deux groupes : celles des villes et celles descampagnes. Cette classification si simple, et au premieraspect si juste, n’est cependant plus admissible; carentre ces deux séries d’habitations est née une classenouvelle de constructions privées, dont les variétés sontdésignées par des noms qui indiquent une influence inter-nationale sans préciser cependant les caractères distinc-tifs de chacune d’elles : on les appelle cottages (anglais ),châlets (suisse ou allemand ), villas (italien). De fait,cette nouvelle branche de notre art constitue une véri-table architecture suburbaine, car c’est dans les fau-bourgs nouveaux et élégants, dans les environs des garesdes voies de fer, et dans les villages situés dans un rayonde quelques lieues autour des grands centres de popula-tion, qu’on en rencontre les exemples les plus nombreuxet les mieux entendus.
Les fermes et les autres établissements industriels ontaussi leurs bâtiments d’habitation, mais ce livre ne s’oc-cupe pas de ces établissements mixtes, non plus que deslogements des ouvriers et des paysans. Nous n’aurons doncà examiner, ici, que des habitations urbaines et subur-baines, récemment exécutées à Paris et dans ses Environs.
C’est mieux cependant qu’un simple portefeuille de spé-cimens que nous voulons donner à nos lecteurs, car, entant que le sujet s’y prête, notre travail sera présenté avecméthode et disposé en vue d’éclairer l’architecte en épar-gnant tout à la fois, de notre mieux, son temps et ses peines.
— Mais pourquoi alors ce titre général : l’Architec-ture privée au xix e siècle?
La question est légitime. Nous avons adopté ce titregénéral dans la pensée de faire suivre ce premier travailde quelques études complémentaires, — il y a tant dechoses utiles à dire sur cette grosse question de l’archi-tecture privée ! — Mais comme chacune de nos publica-tions subséquentes devra former, comme celle-ci, uneœuvre distincte, complète en elle-même, nous avonsvoulu leur donner à toutes un lien commun : celui dutitre général A’Architecture privée au xix e siècle.
DES CARACTÈRES D’ART
QDI CONVIENNENT A L’ARCHITECTURE PRIVÉE.
Ce ne serait pas exagéré que de définir la Maison : levêtement de la famille. Elle est en effet destinée à luiservir d’enveloppe, à l’abriter et à se prêter à tous sesmouvements. Elle la garantit du froid et du chaud, s’har-monise avec la rusticité ou le raffinement de ses habi-tudes, se plie à son goût, même un peu à ses fantaisies.
En quelque lieu du globe et à quelque époque de l’his-