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1/1 (1864) Hôtels privés / par César Daly
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MAISONS DE PARIS ET DES ENVIRONS.

II

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toire y compris le temps présent quon veuilleconsidérer la Maison, par son plan elle répond au modedexistence que le climat et la civilisation imposent, parson aspect elle fait entrevoir le sentiment dart qui do-mine, tandis que par son ensemble elle fait mille révéla-tions sur le goût public, sur les usages et les moeurs dufoyer domestique, et elle offre des échappées de vue sansnombre sur le caractère des relations sociales.

Ce ne serait pas non plus étendre la vérité outre me-sure que de prétendre que lon nest réellement maîtredune idée quà la condition den posséder lhistoire. Etcomme lhistoire de larchitecture privée ne se comprendguère sans être étudiée de concert avec celle de la fa-mille , cest par cette double et parallèle histoire de lafamille et de sa demeure que nous aurions aimé à com-mencer létude que nous publions aujourdhui, si lhis-toire de larchitecture privée faisait partie de son pro-gramme; mais cest larchitecture privée contemporainequi réclame tous nos soins. Avant détudier séparémentles branches qui la composent, il est à propos dexami-ner une question qui domine toute la matière :

Quels sont les caractères dart qui conviennent à lar-chitecture domestique? quel doit en être le style? Quellepeut être linfluence légitime du propriétaire sur ces ca-ractères et sur ce style?

Ces interrogations ont plus de portée quon ne le pen-serait de prime-abord.

Quelques personnes sont davis que larchitecte qui asatisfait aux obligations contractées envers son client ensauvegardant soigneusement ses intérêts pécuniaires eten se conformant à son goût ou à sa fantaisie pour ladistribution et la décoration de sa maison, na plusdautre devoir à remplir, que sa tâche est pleinementaccomplie, et que dès ce moment il peut se reposer, laconscience tranquille. Dautres conçoivent autrement lesobligations de la profession : elles pensent quelle imposedans toutes les circonstances des devoirs envers lartaussi bien qu envers le client, et quil nest pas toujourspermis de sacrifier les lois du beau en se pliant au goûtincertain dun propriétaire capricieux.

Il règne, comme on voit, quelque dissidence, et jajou-terai, quelque confusion dans les idées sur ce que peuventet doivent être le rôle de lart et le devoir de larchitecteen matière d architecture privée. Quelques-uns, dans leurenthousiasme dartiste, iraient jusquà subordonner lesconvenances de 1 habitant à celles de la maison ; dautres,plus soucieux des intérêts du client, sacrifieraient sanstrop de difficulté la maison, en tant quœuvre dart, àlhabitant.

De quel côté est la raison? Quel principe de conduiteadopter? Comment faire la part de chacun : la part duclient, qui est un intérêt privé, et la part de lart, qui estun intérêt public?

Pour y voir plus clair, concentrons et simplifions.

Puisque le respect de lart est dun intérêt public, laquestion peut être ramenée à ccs termes : Au point de vuede lart, quels sont les droits du public sur une propriétéprivée ?

La réponse se présente de soi. De droits légaux, cest-à-dire, de droits reconnus par nos lois, en dehors des

obligations de lédilité, le public nen a pas. De droits mo-raux, il en possède; mais cest à la conscience seule dupropriétaire ou de lartiste den déterminer létendue.

Réaliser le beau, cest dans lordre de lart une vertu,comme de pratiquer la charité dans lordre moral, ou depromulguer la vérité dans lordre scientifique. Mais lapart que chacun fait ou doit faire dans sa vie à la pra-tique de la vertu, est une question étrangère aux légis-lations humaines; le respect ou le mépris, cest-à-dire lasanction de la conscience publique, voilà, en dehors desjugements formulés par la religion, la récompense ou lechâtiment de lartiste, du savant, de lhomme riche oupuissant, suivant quil a défendu ou abandonné les inté-rêts du beau, du vrai ou du bien, dont la sauvegarde luiappartenait. Le public a un vague sentiment quil nestpas plus permis à lartiste de vulgariser le spectacle de lalaideur, quil nest loisible au savant denseigner lerreur,ou au prêtre de prêcher le vice. Lart, en effet, a sa moralité.

Mais à côté des droits de lart, il y a dautres droits àconsidérer : ceux du propriétaire. Et ces deux natures dedroits, au lieu de se soutenir réciproquement, se combat-tent quelquefois. Aussi, dans la pratique architecturale,cest le plus souvent une transaction, accomplie instinc-tivement, qui intervient entre les droits de lart et ceuxdu client; seulement, la transaction penche tantôt du côtédu client, cest-à-dire de lintérêt privé, et tantôt du côtéde lart, cest-à-dire du public, de la société.

Quelques courtes observations, en jetant un peu delumière sur le terrain saccomplit souvent à laveuglecette transaction instinctive, pourront contribuer à ysubstituer des combinaisons réfléchies. Le jour dans les-prit et la conscience de lhomme vaut toujours mieux quelombre, favorable seulement au doute et au sophisme,cest-à-dire à lhésitation et à lerreur.

11 y a le domaine public et le domaine privé, en artcomme en droit. LÉglise et le Théâtre, le Palais Légis-latif et le Palais de Justice, la Bourse et la Colonne com-mémorative, sont des monuments publics; lHôtel, la Mai-son à loyer, la Villa , sont des constructions privées. Cettedistinction est élémentaire; la répéter, cest dire un lieucommun. Soit. Je conviens que cest rappeler une véritébanale, cest-à-dire une de ces vérités essentielles quona entendues si souvent que dordinaire on ne leur accordepas une longue attention. Arrêtons-nous y cependant.

Le monument public, le monument qui sadresse àtous, qui appartient à la nation, qui a été payé sur le fondscommun, ne doit-il pas, en bonne justice, satisfaire ausentiment général, national, de la beauté? « Ceux quifurent à la peine ne doivent-ils pas être aussi au profit et à1 honneur? » La réciprocité, léquité, ne commandent-elles pas cela? Enfin, la beauté, telle que tous la con-çoivent, ne doit-elle pas rayonner sur la face de nos édi-fices jniblics, comme rayonnent la gloire sur notre armée,la sainteté sur notre religion, la loyauté sur tous lesactes de la vie nationale? Et que serait une gloire quetous n acclameraient pas? une sainteté que bon nombrecontesteraient dans leur conscience? une loyauté niée parune partie notable du pays?

La beauté dun monument public doit être une éma-nation éclatante et directe du génie vivant de tous,