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1/1 (1864) Hôtels privés / par César Daly
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LARCHITECTURE PRIVÉE SOUS NAPOLÉON III .

une profession de foi esthétique cle la race. Aussi lar-chitecte nest-il, par moments, que la trompette sonoredans laquelle passe le souffle puissant dune nation; ilrésonne alors des vibrations immenses qui sortent despoumons de tout un peuple 1 .

Yoilà pour les édifices publics. Mais la beauté de lar-chitecture privée, quels doivent en être les caractères?Quel aspect donner aux habitations ordinaires de nosvilles et de nos campagnes, à nos riches ou modestesvillas, aux hôtels privés et aux maisons à loyer?

Cette question, rapprochée de la précédente, relativeaux monuments publics, embrasse la thèse de linfluencecontrastée, sur lart, de lindividu et de la société, cest-à-dire de la liberté et de lordre.

aussi se rencontre cet autre problème intéressantdesthétique, savoir : quelle est la part légitime de la fan-taisie en matière dart, et quelle est la part des règles oude la loi ?

Ces difficultés seront implicitement ou explicitementrésolues dans ce qui va suivre; mais, pour ne pas nousattarder outre mesure, il faut que le lecteur déduise parlui-même quelques-unes des conséquences des principesque nous exposerons.

Les arguments produits tantôt en faveur des droits dela société, à propos du caractère dart qui convient auxmonuments, pourraient être tous reproduits ici pourattribuer au propriétaire, sur sa maison, les droits ac-cordés à la nation sur les travaux darchitecture publi-que. Incontestablement, si la liberté du goût individueldoit sexercer dans une branche darchitecture de préfé-rence aux autres, cest dans celle qui soccupe de nosdemeures, dans le bâtiment quon élève pour y enfermerson existence et celle de sa famille, quon paye à soiseul, et qui est destinée inévitablement à contribuer, dansune forte mesure, au charme ou à lennui de toute la vie.

Quon y pense un instant : suivant que lhabitation estbien ou mal ordonnée, les fonctions domestiques sac-complissent aisément ou avec peine, le travail journalierde chacun, depuis le maître dans son cabinet ou sonatelier, jusquau « cordon-bleu » dans sa cuisine, est faci-lité ou entravé, la bonne humeur se maintient ou lirritationséveille, la discrétion de la vie intime est respectée ouméconnue, chacun est libre dans son quartier ou soumisà dintolérables servitudes, les relations intérieures de lafamille et les rapports extérieurs damitié et de sociétésexercent avec ordre et dignité ou se pratiquent au mi-lieu dembarras choquants. Suivant que laspect de lamaison, ses lignes, sa décoration extérieure et intérieure,flattent ou offensent le goût de celui qui lhabite, cestpour lui un plaisir ou une peine de chaque jour ; pourcertains caractères, cest une occasion de triomphe oudhumiliation permanente.

Entre lordre de beauté qui doit caractériser larchi-tecture publique et celui qui convient à larchitecture pri-vée, la délimitation est donc nettement tracée. Aux mo-numents, le devoir de plaire à tous; aux habitations,celui de plaire avant tout à quelques-uns.

1. Quon ne maccuse pas de plaider ici la cause de la vulgarité danslart. Ce qui est commun nest pas nécessairement vulgaire et bas. Aimer samère, son père, sa patrie, cest commun à la fois et noble. Un sentiment na_

La justice, le bon sens pratique, et même les intérêtsbien entendus de lart, le veulent ainsi. On a trop sou-vent perdu de vue celte juste distinction, et plus dunartiste a mis une famille à la torture au nom des règlesmal interprétées de lart.

Mettre daccord la liberté et lordre, cest le grandproblème politique des temps modernes. Lart se trouveen face de la même difficulté.

Respecter les lois du beau, les règles de lart, le goûtpublic, cest faire de Y ordre. Respecter les droits, lesfantaisies mêmes du client, cest reconnaître une desformes de la liberté individuelle. Lartiste, commelhomme dEtat, rencontre parfois ces deux puissances,lordre et la liberté, en hostilité positive. Lartiste feraalors comme fait lhomme dÉtat en de pareilles circon-stances : il fera de son mieux. Pas plus que lhomme po-litique, lartiste ne possède la précieuse recette de tou-jours mettre lharmonie entre les intérêts légitimes enconflit; mais rien ne loblige non plus dagir à laven-ture, de procéder à laveugle, sous la seule impulsiondun vague instinct : les observations qui précèdent, surles droits respectifs du public et du client, lui permet-tront dapprécier, dans chaque circonstance, létenduedes intérêts quil est appelé à concilier.

Autant la dominance dune fantaisie personnelle se-rait déplacée dans nos édifices publics, autant elle peutêtre à sa place dans une construction privée. Mais il y aune classe dhabitations mixtes que nous voulons signa-ler en passant, pour quelle ne se présente pas à lespritdu lecteur comme offrant une objection contre les carac-tères distinctifs que nous avons attribués à larchitecturepublique et à larchitecture privée.

Il y a de ces demeures, comme les palais du souverain,les hôtels des ministres et des grands personnages delÉtat, il y a de ces vastes châteaux et résidences sur les-quels se projette léclat de noms historiques soutenus pardimmenses fortunes, et qui sont plus que de simples ha-bitations; ces édifices forment comme un lien de transi-tion entre larchitecture publique et larchitecture privée.Moralement, par le rang et les fonctions de ceux qui lesoccupent, par les grandes réceptions qui sy font, ces de-meures peuvent être considérées comme des sortes dedépendances de ce grand théâtre se développe la viepublique. Donc, aux palais royaux, et aux résidencesprincières ou seigneuriales, le devoir et lhonneur de con-cilier ce qui caractérise le génie national de lart, avec cetusage modéré de la liberté quil appartient aux grandsdoffrir toujours en exemple à la foule.

Aux questions : Quel est le caractère de beauté quiconvient à l'architecture publique? quel celui que com-porte larchitecture privée ? nous avons répondu que lesmonuments publics devaient exprimer le sentiment na-tional de la beauté, tandis que larchitecture domestique,au contraire, devait satisfaire avant tout à telle notionparticulière, propre à un individu, à une famille, à ungroupe. Pour donner à cette réponse un sens encore plusprécis, il conviendrait peut-être de serrer le sujet de plus

tional d'art est lié au sentiment patriotique, et, à ce point de vue, il com-mande impérieusement le respect. Ce qui ne veut pas dire que tous les goûtsnationaux se valent.