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Il y a des variantes cependant à ces dispositions.Quelquefois, surtout lorsque le terrain est exigu, l’hôtelest placé directement sur la rue, au lieu d’être précédéd’une cour d’honneur. L’hahitation y perd considérable-ment en dignité et en confort, c’est vrai; mais dans lesgrandes villes et dans les quartiers très-peuplés, il estparfois impossible, même au prix des plus grands sacri-fices, d’acquérir tout le terrain qu’on voudrait. Par cemotif d’insulïisance du terrain, et par d’autres encore, iln’est pas possible non plus de toujours placer les cuisineset leurs dépendances en sous-sol; on abandonne alors,le plus souvent, le rez-de-chaussée tout entier aux ser-vices de la maison, et on consacre le premier étage auxappartements de réception, en y réservant aussi, parfois,une ou deux chambres à coucher principales. Ces dis-positions sont fréquentes à Paris * 1 .
— Il y a des hôtels d’un caractère spécial, comme parexemple ceux construits pour des artistes (architectes,peintres ou sculpteurs) et ceux de certains amateurs decollections, dont les dispositions s’écartent tellement decelles commandées par les besoins de la vie ordinaire,que nous avons mieux aimé en réserver l’étude pourun autre ouvrage que d’étendre encore les limites de ce-lui-ci 2 .
-i— Il y a aussi des hôtels d’un caractère mixte, deshôtels occupés par des branches d’une même famille etcontenant deux ou plusieurs appartements complets etdistincts 3 4 .
Une famille est une unité collective, dont le père estle chef naturel. Mais il vient un moment où les enfants,arrivés eux-mêmes à l’âge adulte, prennent peu à peurang dans le monde au nom de leur valeur person-nelle. L’autorité paternelle s’affaiblit alors ou se trans-forme au profit de la liberté des enfants. L’habitation,qui se plie aux mœurs, doit satisfaire aux nouveauxbesoins nés de cette situation, et l’hôtel, par les dispo-sitions de son plan, doit marquer l’existence de cetteindépendance relative des jeunes membres de la famille 1 .Les jeunes gens, d’ailleurs, se marient à leur tour, ettous n’abandonnent pas nécessairement la maison pater-nelle; il en est qui y amènent au contraire de nouveauxmembres, et bientôt des petits enfants naissent et gran-dissent sous les regards des grands parents. Le groupesacré de la famille ressemble alors à ces beaux arbres destropiques, dont les branches, courbées à terre, y prennentracine et se transforment en arbres nouveaux, avec leursbranches, leur feuillage, leurs fleurs et leurs fruits pro-
pièces fût fortement marquée, les domestiques étrangers passant fréquem-ment par le vestibule, tandis que leurs maîtres, dans leurs pérégrinations àtravers les salles de fêtes, pouvaient souvent traverser le salon d’entrée, au-quel, en de pareilles circonstances, il convenait d’ôter de son caractère d’an-tichambre. La démarcation nécessaire entre les deux pièces a été obtenue àla fois par la différence do leur niveau et par deux grands massifs d’arbustesqui s’étendent de chaque côté du perron intérieur jusqu’aux murs: l’effet decette disposition est très-satisfaisant. Les jours de fête, l’office de luxe (t) surla façade latérale droite de l'hôtel se transforme en estrade pour les musi-ciens : en faisant glisser sur des rails une partie des armoires appliquéescontre les murs, on découvre une large baie s’ouvrant sur le salon de danse,et qui est garnie d’une énorme glace sans tain. Du vestibule circulaire oncommunique, par deux escaliers cachés dans les murs, avec le vestiaire et lasalle d’attente des gens de service étrangers à l’hôtel. Au premier étage, lagalerie qui sépare les appartements du maître et de la maîtresse de la maison,est tout simplement un jardin d’hiver, un charmant parterre de fleurs etd’arbustes. Cet usage croissant d’introduire des plantes dans l’intérieur de
près, tout en demeurant attachés cependant au vieil arbreprimitif, et en restant unis avec lui par une vie communeà la fois et indépendante. En s’étendant ainsi, l’arbredevient graduellement forêt, comme la famille, en sedéveloppant, devient tribu.
L’hôtel d’une famille simple (père, mère et jeunesenfants) est donc autre chose que l’hôtel destiné à rece-voir une famille composée de plusieurs couples mariés,et peut-être aussi de garçons émancipés et de grandesjeunes filles. Ce dernier genre d’hôtel constitue une sortede transition entre l’hôtel à famille simple et la maisonà loyer d’un bon style. C’est une maison qui contientplusieurs ménages plus ou moins indépendants les unsdes autres, mais dont les membres sont d’un mêmesang et liés par une même affection ; c’est une dispositionarchitecturale conciliant avec le rapprochement que ré-clame une tendresse commune, la liberté qu’exige unediversité d’occupations et de relations extérieures.
MAISONS A LOYER,
Tandis que les hôtels privés demandent un caractèreindividuel, où s’accusent, dans une juste mesure, la vie,les habitudes de ceux (famille ou groupe de familles)pour qui ils sont spécialement construits, et qui vien-nent y chercher une résidence durable, les maisons àloyer, destinées à la foule — c’est-à-dire à une multi-tude d’hôtes se remplaçant de jour en jour selon desnécessités variables de travail, de position, de fortune,—habitées de haut en bas par des locataires de classes so-ciales diverses, étrangers les uns aux autres, ne sauraientadmettre aucune originalité marquée de physionomie.L’aspect extérieur aussi bien que la distribution inté-rieure de la maison à loyer doivent rester, pour ainsidire, d’un caractère effacé, et correspondre uniquement,en s’efforçant d’y satisfaire le mieux possible, aux goûtset aux besoins communs à la grande masse de lapopulation. Son type général n’accorde donc qu’unefaible part aux conceptions élevées de l’art et aux fan-taisies de l’imagination. Cependant, il y a des circon-stances accessoires, telles que l’aspect et la nature desconstructions environnantes, la situation locale, des exi-gences d’utilité, qui conseilleront ou imposeront parfoiscertaines modifications aux termes généraux du pro-gramme.
nos habitations offre aux artistes des ressources décoratives d’un charmesingulier et dont on n’apprécie que vaguement encore toutes les heureusesconséquences pour l’art. On choisit, bien entendu, des plantes décoratives,sans propriétés nuisibles.
Le mobilier de cet hôtel est en rapport avec le luxe de la construction : desmeubles artistement traités, des tapis d’Orient, des étoffes richement bro-dées contribuent à l’éclat et à l’élégance de cette opulente habitation.
1. Voyez l 'Exemple d’hôtel B 1 , deM. Botrel, etl 'Exemple C 3 , do M. Petit.
2. On trouve dans la Revue d'architecture des exemples très-intéressantsd’hôtels d’artistes et d’amateurs.
3. Voy. l’hôtel B s , de M. Brouty.
4. L’hôtel D 2 , de M. Bigle, offre l’exemple d’un appartement de grandedemo'selle avec sa gouvernante, situé à côté de celui de sa mère. La Revued’architecture (vol. 16) a publié un hôtel de M. Lesoufacher, très-bien en-tendu et destiné à loger aussi une famille avec des enfants émancipés, lesuns garçons, les autres mariés.