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1/1 (1864) Hôtels privés / par César Daly
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LARCHITECTURE PRIVÉE SOUS NAPOLÉON III .

Il y a des variantes cependant à ces dispositions.Quelquefois, surtout lorsque le terrain est exigu, lhôtelest placé directement sur la rue, au lieu dêtre précédédune cour dhonneur. Lhahitation y perd considérable-ment en dignité et en confort, cest vrai; mais dans lesgrandes villes et dans les quartiers très-peuplés, il estparfois impossible, même au prix des plus grands sacri-fices, dacquérir tout le terrain quon voudrait. Par cemotif dinsulïisance du terrain, et par dautres encore, ilnest pas possible non plus de toujours placer les cuisineset leurs dépendances en sous-sol; on abandonne alors,le plus souvent, le rez-de-chaussée tout entier aux ser-vices de la maison, et on consacre le premier étage auxappartements de réception, en y réservant aussi, parfois,une ou deux chambres à coucher principales. Ces dis-positions sont fréquentes à Paris * 1 .

Il y a des hôtels dun caractère spécial, comme parexemple ceux construits pour des artistes (architectes,peintres ou sculpteurs) et ceux de certains amateurs decollections, dont les dispositions sécartent tellement decelles commandées par les besoins de la vie ordinaire,que nous avons mieux aimé en réserver létude pourun autre ouvrage que détendre encore les limites de ce-lui-ci 2 .

-i Il y a aussi des hôtels dun caractère mixte, deshôtels occupés par des branches dune même famille etcontenant deux ou plusieurs appartements complets etdistincts 3 4 .

Une famille est une unité collective, dont le père estle chef naturel. Mais il vient un moment les enfants,arrivés eux-mêmes à lâge adulte, prennent peu à peurang dans le monde au nom de leur valeur person-nelle. Lautorité paternelle saffaiblit alors ou se trans-forme au profit de la liberté des enfants. Lhabitation,qui se plie aux mœurs, doit satisfaire aux nouveauxbesoins nés de cette situation, et lhôtel, par les dispo-sitions de son plan, doit marquer lexistence de cetteindépendance relative des jeunes membres de la famille 1 .Les jeunes gens, dailleurs, se marient à leur tour, ettous nabandonnent pas nécessairement la maison pater-nelle; il en est qui y amènent au contraire de nouveauxmembres, et bientôt des petits enfants naissent et gran-dissent sous les regards des grands parents. Le groupesacré de la famille ressemble alors à ces beaux arbres destropiques, dont les branches, courbées à terre, y prennentracine et se transforment en arbres nouveaux, avec leursbranches, leur feuillage, leurs fleurs et leurs fruits pro-

pièces fût fortement marquée, les domestiques étrangers passant fréquem-ment par le vestibule, tandis que leurs maîtres, dans leurs pérégrinations àtravers les salles de fêtes, pouvaient souvent traverser le salon dentrée, au-quel, en de pareilles circonstances, il convenait dôter de son caractère dan-tichambre. La démarcation nécessaire entre les deux pièces a été obtenue àla fois par la différence do leur niveau et par deux grands massifs darbustesqui sétendent de chaque côté du perron intérieur jusquaux murs: leffet decette disposition est très-satisfaisant. Les jours de fête, loffice de luxe (t) surla façade latérale droite de l'hôtel se transforme en estrade pour les musi-ciens : en faisant glisser sur des rails une partie des armoires appliquéescontre les murs, on découvre une large baie souvrant sur le salon de danse,et qui est garnie dune énorme glace sans tain. Du vestibule circulaire oncommunique, par deux escaliers cachés dans les murs, avec le vestiaire et lasalle dattente des gens de service étrangers à lhôtel. Au premier étage, lagalerie qui sépare les appartements du maître et de la maîtresse de la maison,est tout simplement un jardin dhiver, un charmant parterre de fleurs etdarbustes. Cet usage croissant dintroduire des plantes dans lintérieur de

près, tout en demeurant attachés cependant au vieil arbreprimitif, et en restant unis avec lui par une vie communeà la fois et indépendante. En sétendant ainsi, larbredevient graduellement forêt, comme la famille, en sedéveloppant, devient tribu.

Lhôtel dune famille simple (père, mère et jeunesenfants) est donc autre chose que lhôtel destiné à rece-voir une famille composée de plusieurs couples mariés,et peut-être aussi de garçons émancipés et de grandesjeunes filles. Ce dernier genre dhôtel constitue une sortede transition entre lhôtel à famille simple et la maisonà loyer dun bon style. Cest une maison qui contientplusieurs ménages plus ou moins indépendants les unsdes autres, mais dont les membres sont dun mêmesang et liés par une même affection ; cest une dispositionarchitecturale conciliant avec le rapprochement que ré-clame une tendresse commune, la liberté quexige unediversité doccupations et de relations extérieures.

MAISONS A LOYER,

Tandis que les hôtels privés demandent un caractèreindividuel, saccusent, dans une juste mesure, la vie,les habitudes de ceux (famille ou groupe de familles)pour qui ils sont spécialement construits, et qui vien-nent y chercher une résidence durable, les maisons àloyer, destinées à la foule cest-à-dire à une multi-tude dhôtes se remplaçant de jour en jour selon desnécessités variables de travail, de position, de fortune,habitées de haut en bas par des locataires de classes so-ciales diverses, étrangers les uns aux autres, ne sauraientadmettre aucune originalité marquée de physionomie.Laspect extérieur aussi bien que la distribution inté-rieure de la maison à loyer doivent rester, pour ainsidire, dun caractère effacé, et correspondre uniquement,en sefforçant dy satisfaire le mieux possible, aux goûtset aux besoins communs à la grande masse de lapopulation. Son type général naccorde donc quunefaible part aux conceptions élevées de lart et aux fan-taisies de limagination. Cependant, il y a des circon-stances accessoires, telles que laspect et la nature desconstructions environnantes, la situation locale, des exi-gences dutilité, qui conseilleront ou imposeront parfoiscertaines modifications aux termes généraux du pro-gramme.

nos habitations offre aux artistes des ressources décoratives dun charmesingulier et dont on napprécie que vaguement encore toutes les heureusesconséquences pour lart. On choisit, bien entendu, des plantes décoratives,sans propriétés nuisibles.

Le mobilier de cet hôtel est en rapport avec le luxe de la construction : desmeubles artistement traités, des tapis dOrient, des étoffes richement bro-dées contribuent à léclat et à lélégance de cette opulente habitation.

1. Voyez l 'Exemple dhôtel B 1 , deM. Botrel, etl 'Exemple C 3 , do M. Petit.

2. On trouve dans la Revue d'architecture des exemples très-intéressantsdhôtels dartistes et damateurs.

3. Voy. lhôtel B s , de M. Brouty.

4. Lhôtel D 2 , de M. Bigle, offre lexemple dun appartement de grandedemo'selle avec sa gouvernante, situé à côté de celui de sa mère. La Revuedarchitecture (vol. 16) a publié un hôtel de M. Lesoufacher, très-bien en-tendu et destiné à loger aussi une famille avec des enfants émancipés, lesuns garçons, les autres mariés.