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1/1 (1864) Hôtels privés / par César Daly
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MAISONS DE PARIS ET DES ENVIRONS.

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Ainsi, la maison à loyer, placée en ligne sur une'large avenue, sur un boulevard, ou formant angle surun beau carrefour avec des échappée's de perspective, nesaurait être absolument semblable à celle qui est situéedans une rue étroite la vue est brusquement limitéeparles maisons qui font face. De même, on sera conduit,selon le choix, du quartier, à des changements dans la dis-tribution intérieure : aux quartiers riches, élégants,appartiendront, avec leurs vastes appartements brillam-ment décorés, ces belles maisons à loyçr qui, sauf unplus grand nombre détages et une physionomie moinscaractérisée, ou moins individuelle, se rapprochent sen-siblement de lhôtel privé. Dans les quartiers plus mo-destes sélèveront, au contraire, les maisons les petitesfortunes trouvent des logements qui leur sont appropriés.

Le commerce et lindustrie ont ..également des exi-gences dont on aura à tenir compte : dans telle partiede la ville cest lej' ! grand commerce, le commerce deluxe qui domine, ét lagencement des magasins fas-tueux dont il a besoin différera nécessairement de lamé-nagement des petites boutiques et r des. magasins très-simples que veut, par exemple, le commerce des objetsde pure nécessité. Mais, ainsi que nous le faisions remar-quer, le cadre de la maison à loyer est restreint et permetpeu délévation de style ou décarts dimagination.

La maison à loyer ne doit se signaler généralementpar aucun trait trop exceptionnel. Par son aspect, elledoit se conformer h peu près à tous les goûts sans seplier à aucun en particulier; par lagencement desappartements, elle doit satisfaire à des besoins assezgénéraux pour que les locataires qui sy succèdent à desintervalles plus ou moins rapprochés sen accommodentaisément, et ces besoins concernent particulièrement ladistribution et lhygiène, sur lesquelles on trouvera toutle monde à peu près daccord. A cet égard, larchitecteaura a résoudre une foule de problèmes intéressants :la meilleure répartition possible de lespace, du jour, de1 air et de la chaleur; lécoulement le plus salubre deseaux pluviales et ménagères, une distribution commodedes eaux potablss et peut-être du gaz, et une bonne ven-tilation; 1 arrangement de chaque appartement de façona ménager la liberté et lisolement facultatif des diversmembres de la famille, à faciliter la surveillance et lexer-cice du service domestique et à rendre le plus direct pos-sible laccès des pièces destinées à recevoir le monde;enfin, la séparation la plus complète possible des apparte-ments contigus, de telle sorte que les habitudes bruyantesdun locataire ne viennent pas troubler le repos et la tran-quillité de ses voisins.

Comme on le voit, ce sont des problèmes pratiques,très-dignes, dailleurs, dêtre étudiés, qui se posent icià larchitecte, plutôt que la question dart proprementdite, ou du moins celle-ci, dans un semblable pro-gramme, ne prend quune place secondaire. Cest ceque les jeunes gens sortant des écoles, les architectesencore tout fraîchement remplis de lélude des chefs-dœuvre des âges écoulés, se mettent difficilement danslesprit. Ils ne comprennent pas assez que le proprié-taire, le plus souvent père de famille, a des filles à doter,des fils dont il faut faire dabord léducation, et quil sera

nécessaire de pousser ensuite dans le monde, et quonbâtit des maisons à loyer, des « maisons de rapport »,comme on dit, pour trouver, avant tout, un placementavantageux de capitaux. Sans doute laspect de sa maisonimporte au propriétaire; il veut quelle soit dapparencedécente et honorable. Mais ce qui lui importe par-dessustout, cest que la distribution en soit entendue, le ser-vice domestique facile, propre et discret, que les appar-tements, enfin, soient sains, commodes et agréables,afin que le locataire nhésite pas à y mettre un bon prix.

Une maison empruntée par la fantaisie à lAntiquitéou au xm e siècle, est une excentricité que lhonnêtepère de famille repoussera avec frayeur, et que quelqueshommes riches, qui ne marchandent pas avec leurs ca-prices, peuvent seuls se permettre : exécuter une pareilleœuvre ne peut être quune exception dans la carrière delarchitecte, exception qui peut prouver le talent, mais quinest pas de nature à procurer à son auteur une clien-tèle nombreuse. Il existe à Paris plusieurs maisons quenous pourrions citer, fort à la mode il y a dix ou vingtans parmi les adeptes de tel ou tel style particulierdarchitecture, et qui ne sont plus regardées, aujour-dhui, que comme les tentatives au moins aventureusesdune jeunesse inexpérimentée. Plusieurs de ces mai-sons, cependant, ont été construites par des artistesdun incontestable mérite. Mais la maison dhabitationcommune dans une grande cité, la maison à loyer, en unmot, est, de toutes les constructions, celle qui supportele plus difficilement la fantaisie. Ce quelle réclameavant tout, cest la sagesse, le calme, la réserve. Cenest plus, comme nous lavons dit, lhabitation dunindividu, dune famille, ou même dun groupe de fa-milles rattachées par des liens communs de parenté;non : cest la demeure de tout le monde, et dans le pré-sent, par la juxtaposition de nombreuses familles en-tièrement étrangères les unes aux autres, et dans lavenir,par la succession dhôtes qui, tour à tour, y viendrontchercher un abri passager. Aussi, ne craignez pas dymultiplier les facilités de distribution, les dégagementscommodes; dans la disposition générale, conformez-vous, selon la proportion de votre œuvre, aux tendancesqui, en France , à notre époque, ont élargi pour chacunle cercle des rapports extérieurs, de ce quon peut nommerla vie publique dune famille ; tracez, dans lappartementdune maison à loyer, la limite qui doit séparer le salon,théâtre des communications avec le dehors, des chambresintimes vit la famille. Mais, cet ordre didées généralessatisfait, évitez tout ce qui a une signification trop pré-cise : le meuble à destination fixe, installé avec un carac-tère de permanence, et qui convient si bien à lhôtel privé,est le plus souvent inadmissible dans lappartement de lamaison à loyer,, très-fréquemment, il gêne les arran-gements intimes du nouvel occupant, à qui il déplaît plusencore qu il naccommodait le locataire précédent.

En résumé, disons-le, la maison à loyer est le lieucommun de larchitecture, lieu commun qui doit brillerparle sens commun. Elle doit convenir à la foule, non àla façon dune mode éphémère, mais à titre dinstallationinvariablement confortable et décente. Peu ou pas defantaisie donc, car la fantaisie de lun est laversion de

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