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avec habileté chaque mètre carré du terrain disponible.La meilleure étude à faire pour se rendre maître de l’artde bien distribuer un appartement, est celle des exemplesexécutés par les architectes les plus expérimentés ; ceRecueil en offre un grand nombre et des plus remarqua-bles. Mais quelques réflexions pourront aider le lecteurà mieux saisir l’esprit qui gouverne ce genre de compo-sition.
Il y a deux courants de mouvements dans l’habitationd’une famille, que cette habitation ait l’importance d’ungrand hôtel ou qu’elle se réduise aux proportions d’untrès-simple appartement. Il y a la circulation des maîtres etde leurs amis; elle s’accomplit par les voies les plus envue, les plus nobles et les plus aisément accessibles; etil y a la circulation des domestiques, des fournisseurs,de tous ceux qui ont part au service de la maison, etelle se fait de la façon la moins ostensible et la plus dis-crète possible. Ces deux courants devant être maintenusparfaitement distincts, il faut, de toute nécessité, l’esca-lier des maîtres et l’escalier des serviteurs. Il peut y avoirplus d’un escalier de service dans un appartement depremier ordre, mais les appartements les plus modestesen sont seuls entièrement privés.
C’est à l’antichambre de l’appartement qu’aboutissentces deux systèmes de circulation. L’antichambre est unesorte de terrain neutre entre les maîtres et les serviteurs.C’est par l’antichambre que se réalise aussi l’indépen-dance, les unes par rapport aux autres, des pièces oc-cupées par les divers membres de la famille. Ceux-ci,pour entrer ou pour sortir, devant passer naturellementpar l’escalier des maîtres, ont besoin de communiquerde leurs chambres respectives avec l’antichambre qui yconduit; lorsque cette communication ne peut pas sefaire directement, elle s’exécute indirectement au moyend un couloir de dégagement sur lequel s’ouvrent leschambres a coucher et les autres pièces à desservir, etqui débouche sur l’antichambre.
C’est aussi par l’antichambre qu’arrivent les amis etles visiteurs, qui se rendent de là à la salle à manger ouau salon ; salon et salle à manger communiqueront doncle plus directement possible avec l’antichambre qui de-vient, comme on voit, le véritable foyer de la distribu-tion, le centre autour duquel tout se groupe ; elle rat-tache les pièces de réception et les chambres de laCamille avec l’escalier principal, aussi bien que le dépar-tement des maîtres avec celui du service domestique. Ilen résulte que souvent l’antichambre, entourée de toutespaits, ne peut pas recevoir de lumière directement dudehors et qu on 1 éclaire par la cage de l’escalier, prati-quant de larges baies dans sa cloison de ce côté, qu’onferme ensuite d un vitrage, soit dépoli, soit cannelé, ousimplement de glaces sans tain lorsqu’aucune indiscré-tion n est à redouter. L’antichambre est parfois précédéed’un vestibule; il y a même quelquefois deux anticham-bres, mais ces variantes dans les plans n’infirment enrien les considérations qui précèdent; elles facilitentseulement le service domestique, rendent les dégage-ments plus aisés à combiner et ajoutent à la dignité del’appartement.
C’est dans les combles que sont réunis d’ordinaire les
logements des domestiques des deux sexes, ce qui n’estpas sans inconvénients.
Nous n’ajouterons rien sur les boutiques et les maga-sins, rien non plus sur la théorie des décorations inté-rieures propres à chacune des pièces d’un appartement.Ces études de détail demanderaient des développementstrop considérables pour être intercalées dans l’exposésynthétique que nous faisons ici; leur place est ailleurs ;nous nous réservons d’en traiter dans une des publica-tions spéciales de cette série consacrée à Y architectureprivée au xix e siècle.
DES VILLAS.
L’histoire des mots d’une langue, c’est l’histoire del’âme et de la vie d’un peuple. Le jour où l’on fera unehistoire vraiment philosophique de l’art, celle des motsqui composent sa langue en formera une des parties lesplus intimes et les plus profondes.
L’histoire des deux mots art et style ne fournirait-ellepas un chapitre plein d’intérêt?
Combien de mots de la langue politique ne figurentdans nos dictionnaires que depuis la grande révolutiondu dernier siècle! Les révolutions dans l’Art ont été aussisuivies de changements importants dans la langue quilui appartient.
Le mot château, qui désignait à l’époque féodale unedemeure seigneuriale fortifiée , dut élargir graduellementsa signification dans les siècles suivants, au point d’em-brasser, même antérieurement à 1789, une foule d’ha-bitations pacifiques et rurales appartenant à d’honnêtespersonnes sans seigneurie aucune. A la fin de l’Empireet sous la Restauration, à peu près toutes les habitationsde campagne des gens riches étaient ainsi nommées.L’abus était manifeste et touchait presque au ridiculedans un pays aussi démocratique que la France . Il fal-lait un mot nouveau pour désigner cette classe de con-structions plutôt élégantes que vastes, recherchées parla bourgeoisie de moyenne fortune. On adopta le motvilla.
C’est aux Italiens , nos collatéraux de race latine, quenous avons emprunté ce mot villa, employé cependantpar nos ancêtres Gallo-Romains, mais que nous avionsperdu. Sa signification s’est altérée chez nous dès lemoment de sa réimportation, comme s’est modifié lesens du mot château et sous les mêmes influences : lesprogrès de la démocratie.
En Italie , la villa rappelle les grandes maisons de plai-sance des environs de Rome et d’autres villes de laPéninsule; toute l’Europe connaît les noms des villasAlbani, Aldobrandini , Borghèse , Médicis, etc. Le sensdu mot château s’était élargi pour embrasser, par en bas,les demeures rurales des classes moyennes; de même,le sens du mot villa, limité il y a peu d’années encoreaux habitations de campagne de la haute bourgeoisie, sedilate et atteint à la fois la région supérieure et la ré-gion inférieure, absorbant par en haut le château, qui lui