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INTRODUCTION HISTORIQUE.
de grand savoir, est le premier en date de cette liste qui devait compter bien des nomsillustres. Nourri des principes sévères du règne de Louis XIV , il ne s’en départit dans aucunede ses œuvres; & l’École militaire, le Garde-Meuble à Paris , & le petit Trianon à Versailles prouvent avec quelle honorable persistance il resta artiste, alors que la presque totalité de sesconfrères se faisaient courtisans.
A côté de Gabriel on peut placer Antoine, le créateur de l’hôtel de la Monnaie à Paris & de certaines parties du Palais de Justice, qui, venu quelques années plus tard, suivit lestraces de son devancier.
Mais, tout en luttant avec une grande persévérance contre les mauvaises tendances de lamode & contre le goût très-discutable qui s’était introduit dans l’art, les réformateurs créèrentsouvent des œuvres inférieures à celles qu’ils voulaient répudier : tant il est vrai que parl’exagération, dans Part comme en toute autre chose, on n’arrive jamais au bien, rarement àun résultat à peu près satisfaisant. Au lieu de chercher à régénérer l’art en le ramenant à desprincipes vrais & en prenant pour base les ressources & les traditions de leur pays, lesarchitectes de la fin du xvm e siècle crurent à tort ne pouvoir atteindre leur but qu’enimitant plus complètement & plus servilement les monuments de l’architecture antique.
La découverte d’Herculanum & surtout celle des temples grecs de Pestum , dans le royaume de Naples , excita un grand enthousiasme & exerça momentanément une influence considérablesur l’architecture. On se prit d’un véritable engouement pour le style de ces temples qu’unarchitecte français , Lagardette, avait mesurés, & qu’il publia en un volume in-folio. Les ordresde colonnes, dits Pestum , furent alors indistinctement prodigués à des édifices de destination& d’usage divers; on les appliqua à la construction de couvents (couvent des Capucins de laChaussée-d’Antin, aujourd’hui collège Bonaparte, construit par Brongniart en 1780), tout aussibien qu’à la construction de théâtres (théâtre Feydeau, démoli en 1820 pour la création dela place de la Bourse).
Toutefois, à côté de ces erreurs, l’époque Louis XVI nous a laissé plusieurs monumentsd’une grandeur de conception & d’une exécution hors ligne; elle a produit des artistes dontle nom est irrévocablement lié à l’histoire de l’art & qui ont doté leur pays de monumentsqui honorent à la fois l’architecture française & la France .
Au premier rang de ces hommes au génie puissant & à la conception grandiose, il fautplacer Louis, auteur des galeries du Palais-Royal , du Théâtre-Français, de l’ancien Opéra dela place Louvois, à Paris , & du célèbre théâtre de Bordeaux , qui seul eût suffi à la réputationd’un architecte.
Il est impossible d’imaginer une disposition plus grandiose & d’un effet plus saisissant quecelle du vestibule & de l’escalier principal du théâtre de Bordeaux . Les dispositions générales
sont des mieux entendues, & quant à la coupe de la salle, tout à fait différente de ce qui
avait été fait jusqu’alors en ce genre, elle fut presque exactement reproduite par Louislui-même dans la salle de l’Opéra de la place Louvois. On peut encore l’admirer dans l’Opéraactuel de la rue Le Peletier, grâce au bon esprit qu’on a eu de la conserver, en transportantdans cette construction provisoire tout ce qu’il a été possible d’utiliser de l’ancienne construction.
L’heureuse disposition du plan du Palais-Royal , agrandi par Louis en 1781, le style
d’architecture des arcades, les dégagements nombreux & commodes & le charme du jardin
feront toujours de cet immense bazar un édifice merveilleux & sans rival dans le mondeentier.
Pour la construction du théâtre du Palais-Royal, aujourd’hui Théâtre-Français, il fallait