INTRODUCTION HISTORIQUE.
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surtout de l’adresse, car l’espace manquait, & l’architecte ne pouvait plus, comme à Bordeaux ,laisser un libre essor à son imagination. Louis a prouvé là que le génie de l’invention ne luimanquait pas, surtout lorsqu’il eut l’heureuse idee de mettre son vestibule sous la salle même,moyen ingénieux de ne pas perdre d espace.
Ce fut Louis qui, le premier avec Brebion, architecte du Louvre, adopta le fer pour laconstruction des planchers & des combles.
Les architectes qui, avec Louis, acquirent quelque célébrité sous le règne de Louis XVI ,furent Chalgrin , qui éleva le College de France en 1774; Goudoin, à qui l’on doit l’École deMédecine; Leyre & de JVailly , sur les dessins & sous la direction desquels fut élevé, en 1789,le théâtre de l’Odéon, alors Théâtre-Français jusqu’en 1799, époque à laquelle l’Odéon futdétruit par un incendie; Desmaisons , auteur de la façade principale & de la grille du Palaisde Justice, cour de Mai, a Paris .
N’oublions pas Lenoir, qui entreprit la célèbre construction du théâtre de la Porte-Saint-Martin, exécutée en six semaines pour servir aux représentations de l’Opéra, détruitpar l’incendie; Rousseau , l’architecte de la reine Marie-Antoinette , qui dessina les petitsappartements de la reine au palais de Fontainebleau , véritables bijoux de décoration; Mique,à qui la reine Marie-Antoinette confia la restauration ou plutôt la transformation du palaisde Saint-Cloud & qui dessina les constructions que la reine fit élever au petit Trianon .
Tous ces architectes suivirent à peu près la même route & leurs œuvres caractérisentassez uniformément le style dominant de cette époque; mais, à côté d’eux, on vit se formerdes individualités dont il est nécessaire & intéressant de rappeler les productions. De cenombre est assurément Ledoux, auteur de ces barrières de Paris qui, avec les murs de l’octroi,soulevèrent tant de plaintes & eurent le privilège d’inspirer ce jeu de mots, devenu bientôtpopulaire :
Ledoux était du nombre de ces artistes qui, dévorés par la soif de faire du nouveau à toutprix, ne reconnaissent ni principes ni règles & se livrent sans aucune réserve à toutes lesfantaisies de leur imagination. Chargé d’élever aux différentes entrées de Paris des bâtimentsdestinés tout simplement au service de l’octroi, à des corps de garde, etc., Ledoux imagina defaire ici des temples, là des rotondes, partout des colonnades sans motif ni utilité. Toutes cesconstructions, fort luxueuses à l’extérieur, sont assez incommodes au dedans, & leur ordonnance,lourde & bizarre, choque toutes les règles du goût.
Ledoux a publié sur l’architecture un ouvrage in-folio, fort curieux à consulter pour sefaire une idée des extravagances auxquelles peuvent se laisser entraîner les esprits faux& présomptueux qui, méprisant toutes les traditions, ne tiennent aucun compte des œuvresde leurs devanciers & ont la prétention de créer à eux seuls un art nouveau.
En dehors des constructions officielles, on élevait sous le règne de Louis XVI ungrand nombre de maisons particulières dans Paris , principalement dans la Chaussée-d’Antin& dans les faubourgs; ces maisons, destinées le plus souvent aux riches financiers, n’avaientplus dans leur style ni dans leur distribution intérieure aucun rapport avec les somptueuxhôtels des familles nobles élevés sous les règnes précédents. Elles se font remarquer presquetoutes par un style à la fois mesquin & prétentieux, qui est loin de produire un effetséduisant. Néanmoins, nous devons mentionner comme sortant de cette médiocrité à peu prèsgénérale l’hôtel situé au coin de la rue d’Anjou & des Champs-Élysées : l’ordonnance en est