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« de dards & de flèches, qui chassent après des animaux. Au-dessus, il y a plusieurs vases« de porcelaine disposés de degré en degre jusqu au faîte du bâtiment, avec différents oiseaux« représentés au naturel. Les pavillons qui accompagnent le principal corps de logis sont embellis« de la même manière, & ont rapport au dessein qu’on a eu de faire un petit palais d’une« construction extraordinaire & commode pour passer quelques heures du jour pendant le« chaud de l’été. Car ce palais na quun seul etage; & lorsqu on a monté sept marches pour« entrer dans le vestibule, l’on trouve un salon dont toutes les murailles sont revêtues d’un« stuc très-blanc & très-poli avec des ornements dazur. La corniche qui règne autour & le« plafond sont aussi ornés de diverses figures d’azur sur un fond blanc, le tout travaillé à la« manière des ouvrages qui viennent de la Chine , a quoi les paves & les lambris se rapportent,ce étant faits de carreaux de porcelaine. «
Malgré la richesse & l’originalité de ce petit palais, malgré la faveur universelle dont iljouissait, le roi Louis XIV s’en dégoûta assez vite & voulait avoir à sa place un véritable palaisd’habitation où il pourrait, accompagné de peu de personnes, se reposer du faste & ducérémonial de Versailles ; il chargea en 1683 Mansart de lui construire un nouveau palais, & c’estce palais qui porte aujourd’hui le nom de grand Trianon . Il ne se compose, comme le premier,que d’un rez-de-chaussée; mais il est construit en pierre &. en marbres précieux; un péristyleà jour, dont le dessin est attribué à Robert de Cotte , réunit les deux corps de bâtimentslatéraux au delà desquels s’étend à droite une longue galerie, puis une aile en retournommée Trianon sous bois. L’appartement du roi fut d’abord placé dans l’aile gauche; une sallede comédie occupait l’aile droite en retour sur la cour.
Saint-Simon fait au sujet de la construction de ce Trianon le récit suivant :
« La guerre de 1688 eut une étrange origine, dont l’anecdote, également certaine &curieuse, est si propre à caractériser le roi & Louvois, son ministre, qu’elle doit avoir saplace ici. Louvois, à la mort de Colbert , avoit eu la surintendance des bâtiments. Le petitTrianon, fait autrefois pour madame de Montespan, ennuyoit le roi, qui vouloit partout despalais. Il s’amusoit fort à ces bâtiments. Il avoit aussi le compas dans l’œil pour la justesse,
les proportions, la symétrie, mais le goût n’y répondoit pas, comme on le verra ailleurs.
Ce chateau ne faisoit presque que de sortir de terre, lorsque le roi s’aperçut d’un défauta une croisée qui s’achevoit de former dans la longueur du rez-de-chaussée. Louvois, quinaturellement étoit brutal, & de plus gâté jusqu’à souffrir difficilement d’être repris par son
maître, disputa fort & ferme, & maintint que la croisée étoit bien. Le roi tourna le dos
& alla promener ailleurs dans le bâtiment.
ce Le lendemain, il trouve Le Nostre, bon architecte, mais fameux par le goût des jardinsqu’il a commencé à introduire en France , & dont il a porté la perfection au plus haut point.Le roi lui demanda s’il avoit été à Trianon, il répondit que non. Le roi lui expliqua cequi l’avoit choqué & lui dit d’y aller. Le lendemain, même question, même réponse; le jourd’après autant. Le roi vit bien qu’on n’osoit s’exposer à trouver qu’il eût tort ou à blâmerLouvois. Il se facha & lui ordonna de se tiouvei le lendemain a Trianon lorsqu’il iroit,& où il feroit trouver Louvois aussi. Il n’y eut plus moyen de reculer.
ce Le roi les trouva le lendemain tous deux à Trianon. Il fut d’abord question de lafenêtre. Louvois disputoit, Le Nostre ne disoit mot. Enfin le roi lui ordonna d’aligner, demesurer & de dire apres ce quil auroit tiouve. Tandis quil y travailloit, Louvois, en furie decette vérification, grondoit tout haut, & soutenoit avec aigreur que cette fenêtre étoit entout pareille aux autres. Le roi se taisoit & attendoit, mais il souffroit. Quand tout fut bien