Buch 
Le temple de Jérusalem : monographie du Haram-ech-Chérif, suivi d'un essai sur la topographie de la Ville-Sainte / par Melchior de Vogüé
JPEG-Download
 

PREFACE.

11 y a dix ans, je quittais Jérusalem sans grand espoir de retour : pouvais-je prévoir alors'la dou-loureuse destinée qui devait me pousser une fois encore vers des rivages étrangers, loin du foyer 'désert.

Le 21 juin 1862, je rentrais dans la Ville sainte ayee une émotion facile à comprendre, jerevoyais ces murs ail milieu desquels sétaient si souvent reportés mes souvenirs, et je les retrouvais àpeine changés, moins que je ne létais moi-même. Javais pour compagnons de voyage M. W. II.Waddington dont lamitié et la science devaient mêtre si utiles, .et M. E. Dutlioit dont le crayonhabile et lœil exercé devaient mapporter un précieux concours. Depuis six mois nous voyagionsensemble : nous avions exploré le Ilaouran, mis le pied dans le grand désert, fouillé lile de Chypre,et nous venions chercher, dans les montagnes de la Judée , le repos nécessaire pendant la saison dété,et des travaux plus sédentaires.

Mon plan était arrêté davance : je voulais compléter et rectifier au besoin mes premièresrecherches sur Jérusalem , mais surtout étudier les ruines du Temple. Pendant mon premier séjour enOrient, lentrée du Iiaram-Ech-Cherif était rigoureusement interdite aux chrétiens, et javais vainementtenté de soulever le voile qui cachait les merveilles intérieures de la mosquée : aujourdhui, laccès de

lenceinte est facile, la toute-puissance du bakchich en a forcé les portes, et je comptais prendre marevanche. En effet, peu de jours après notre arrivée, les formalités étaient remplies par lobli-geant intermédiaire de M. de Barrère, consul de France, et nous prenions possession, au nom delarchéologie, de cette enceinte si longtemps fermée aux investigations sérieuses. Suivant larrangementconclu avec le cheikh principal, la mosquée était à notre disposition tous les matins de six heures àmidi; nous pouvions dessiner, mesurer, photographier à notre aise, en nous aidant déchelles et detous les instruments nécessaires; jamais nous navons rencontré la moindre difficulté : le travail étaitainsi réparti entre nous; M. Waddington, aidé de M. Sauvaire, chancelier du consulat, savant et aimablearabisant, relevait les inscriptions arabes; je dessinais avec M. Dutlioit. Nous fîmes ainsi de longueset fréquentes séances, et ne quittâmes le terrain quaprès que la Montagne sainte nous eut à peuprès livré tous ses secrets.

a