XV
caractériser les monuments publics et les palais des rois : on bâtit vite; ondépensa beaucoup. Les Mansards créèrent le goût quon appela français ;de petits ordres, des subdivisions sans nombre vinrent décorer desmasses colossales et dispendieusement élevées, mais qui néanmoinsmanquaient le plus souvent de grandeur et de caractère. Je ne mécon-naîtrai point cependant les travaux importants, les ouvrages immortels,et les hommes célébrés à si juste titre de ce siecle fameux; et, pour neparler que de ceux inscrits avec gloire dans les fastes des arts, Yauban,Paquet, Andréossy, le Poussin, Lebrun, le Sueur, Perraut, Lenôtre,Pujet, Champagne, Blondel, Desjardins, Audran, Masson, Lepautre ,et tant de grands noms encore vivront dans la postérité, et se lirontavec reconnaissance dans les pages de Fhistoire.
L’architecture, sous le régné qui suivit, se bornait en France à formerde petites distributions commodes dans de vastes hôtels, surchargésd une foule d’ornements mesquins et du plus mauvais goût. Oppenord et ses partisans ne rapportaient d’Italie que les productions des Boro-mini, et le goût des rocailles infecta l’Europe : on en rougit cependant;mais peu de monuments s’érigèrent à Paris , si l’on excepte l’Ecole-Militaire, et les colonnades de la place Louis XV, la nouvelle Sainte-
Genevieve, et la Magdeleine, monuments encore inachevés; et ces pro-ductions, qui s’élevaient au-dessus de l’échelle commune, firent succéderune ordonnance assez imposante au genre maigre, alors en usage, au-quel cependant elles ne purent s’empêcher de participer un peu: c’estce qu’on appelait alors bâtir à la grecque; mais le génie de l’étude etcelui des arts cherchaient à se débarrasser des préjugés et des entravesdans lesquels une longue routine les avait enchaînés. De nouveauxvoyageurs avaient parcouru l’Italie et même des contrées plus loin-taines; ils avaient découvert, admiré, vanté des monuments antiques,jusqu’alors enfouis, ou peu remarqués: les noms de Périclès , d’Au-