un dépôt inaliénable confié à sa surveillance, et dont il devait un compteexact à ses successeurs.
La peste désolait encore la province en 1721 : elle pénétra jusqu’à Arles ;la foire de Beaucaire fut suspendue, et la ville de Nismes s’empressa deporter secours aux habitants d’Arles , avec qui on a vu qu’il existait uneliaison d’amitié et d’union aussi ancienne que solidement établie. La ma-ladie de Louis XV et sa convalescence produisirent une alternative dedouleur et de joie vivement senties, et célébrées à Nismes comme danstout le royaume.
Cette ville eut bientôt un spectacle piquant par sa nouveauté; ce fut laprésence de Mehemet Effendi, ambassadeur de la Porte-Ottomane en France ,qui revenait de Paris , et qui fut reçu à Nismes avec la plus grande dis-tinction. Ce fut une circonstance remarquable clans son voyage que lavisite faite par cet ambassadeur aux antiquités de Nismes ; espece d’amendehonorable qu’un Turc vint faire au pied des monuments romains, pourtoutes les destructions que ses compatriotes avaient opérées sur les précieuxdébris de la Grece et de Rome , que leur insouciance permet de dégraderchaque jour aux barbares, qu’ils pourraient punir, ou aux Grecs et auxArabes , dont il leur serait facile de comprimer l’avarice. Mais pourquoifaire des reproches à cette nation, féroce dans la guerre il est vrai, maisestimable et bonne dans la paix, dont elle sait si bien savourer toutes lesjouissances au milieu d’un inaltérable repos? pourquoi lui reprocher soninsouciance et ses attentats sur les monuments de la vénérable antiquité,n’avons-nous pas été long-temps, ne sommes-nous pas encore des Turcs àcet égard?
La peste, dont la ville d’Alais se trouvait attaquée, fit prendre des pré-cautions aux habitants de Nismes; on intercepta toute communication aveccette ville ; on fit un dénombrement exact des maisons, des familles etdes habitants, afin de faciliter les opérations des commissaires chargés de lasurveillance de la ville au cas que ce fléau y eut pénétré : il se trouva parce dénombrement que la ville contenait alors, en 1722, dix-sept cent trente-huit maisons, quatre mille sept cent vingt-cinq familles, et dix-huit millecent quarante et une personnes.
Un autre fléau, qui semble également n’appartenir qu’à l’Egypte et à l’Arabie ,vint ajouter aux calamités de cette année; ce fut les sauterelles dévastatrices,