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Tome premier. Monuments de Nismes. [Texte.]
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MONUMENTS DE NI SME S .

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que soigneusement exécuté par M. Séguier, habitant de Nismes : on saitle plaisir qu’il a procuré à tous les savants en leur faisant lire pour lapremière fois, en 1758, par sa combinaison heureuse des trous des cram-pons qui attachaient les lettres de bronze, cette inscription:

C. CAESARI. AYGYSTI. F. COS. L. CAESARL AYGYSTI. F. COS. DESIGNATO

PRINCIPIBYS IYYENTYTIS ;

A Cdius César, fils ÆAuguste, consul; à Lucius César, fils d’Auguste , consul

désigné, princes de la jeunesse.

Cette inscription, qui ne peut avoir été placée que vers la premièreannée de l’ere chrétienne, prouve clairement que ce temple fut consacréou dédié à ces deux fils adoptifs d’Auguste 1 , pour leur faire honneur,s’attirer la bienveillance d’Auguste , et après lui celle de ses successeurs àl’empire. Cette preuve cependant, si elle n’était d’accord avec le genre dutravail et de l’exécution, ne pourrait pas faire conclure que ce monumentfût construit à cette date,* car on aurait pu appliquer cette inscription àun temple déjà bâti depuis long-temps, comme on a vu des monumentschanger de dédicace, hommages souvent dictés par la crainte ou par laflatterie, pour appaiser un vainqueur, ou pour se créer un protecteur 2 .

Ici le degré de richesse , l’élégance des proportions, et l’ordonnancemême, se peuvent facilement rapporter au siecle d’Auguste , où l’on saitque les arts fleurissaient. Je rapporterai cependant les doutes exposés à ce

(1) Depuis 1 époque des successeurs d’Alexandrel’abus d’admettre des princes vivants aux honneursde la divinité avait prévaki dans la Grece , et de làpassa aux provinces même occidentales de l’empireromain ; on offrait des sacrifices, on célébrait desfêtes, on implorait la divinité des rois, des empereurs,et de leurs parents même vivants.

On avait pour cela un double prétexte théologi-que ; i° que chaque personne avait un dieu ou démonparticulier qui le protégeait, qui lui était attaché,et qui mourait avec lui ; ce dieu distribuait les in-fluences de la constellation qui avait présidé à lanaissance de chaque homme ; il devenait un dieuimmortel si le héros qu’il assistait venait après samort à acquérir l’immortalité : c’est de cette façonque le génie d’Auguste eut des temples et des sacri-fices du vivant de cet empereur. n° Les statues con-

sacrées étaient réputées avoir quelque chose de surna-turel, même celles des personnes que l’on détestait;c’est ainsi que les Rhodiens , ayant secoué le joug dela reine Artemise, n’oserent, par motif de religion,abattre les monuments de leur servitude que cettereine avait élevés dans leur ville.

Il est donc certain que Caïus et Lucius, petits-filsd’Auguste par Julie, et fils du même prince par adop-tion, eurent de leur vivant à Nismes des prêtres, dessacrifices, des fêtes, en un mot un culte peu dif-férent de celui des plus grands dieux. ( Note deM. Visconti. )

(2) Un ancien temple à Mégare fut transformé dutemps de Pausanias en temple des empereurs ro-mains. Pausan., lib. I, chap. XL.

La maison de Cleon à Sicyone fut aussi appliquéeau même usage. Idem , lib. II, chap. VIII.