CHAPITRE TROISIEME.
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l’année 1704, dans les archives municipales, mention d’un marché de 300 livres passé avec le sieurPerret, afin qu’il rectifie et repose pour la décoration générale de la grande salle, d’après les ordresqui lui seront donnés par le sieur Besnard, architecte, la cheminée qui avait été posée trop enenfoncement, suivant les premiers dessins envoyés de Paris .
Mais là se borna l’exécution des dessins de Mansard, et ce ne fut que treize années plus tard, le27 avril 1717, et après la mort de ce grand architecte, survenue en 1708, que le Consulat sedécida à prendre un parti relativement à la salle principale de l’Hôtel-de-Ville.
La délibération qui eut lieu alors nous donne quelques-unes des raisons qui motivèrent un pareilretard, mais l’une d’elles est si singulière, qu’elle doit cacher la véritable, celle dont on ne voulaitpas parler.
En effet, après avoir expliqué que la dépense résultant de l’exécution des premiers dessins seraitd’un prix considérable, en engageant le Consulat dans une riche décoration d’ornements et de figuresde marbre, on ajoutait à cette raison, qui est excellente, celle beaucoup moins sérieuse, quela décoration en marbre empêcherait dorénavant de placer nulle part, — les autres salles étantdéjà garnies, — les portraits des personnes que la ville honore des dignités consulaires, marque dedistinction quelle a l’habitude de leur accorder.
Par suite de ces considérations, le Consulat se décidait à préférer les ouvrages de menuiserieornés de sculpture et de dorure, pour la décoration de la grande salle, aux ouvrages de marbreordonnés en 1703, et arrêtait, du consentement du sieur Perret, que le prix fait qui avait étépassé avec lui le 8 mars demeurerait nul et sans effet.
Dans cette délibération, qui est fort longue, il était dit encore qu’on n’aurait pas recours auxenchères ni à une adjudication publique, en raison du soin particulier que demandait l’exécutiondes ouvrages prévus, mais qu’après avoir entendu les principaux menuisiers de la ville, tant surl’exécution des dessins préparés que sur le prix des ouvrages, comme il ne se présentait pasd’ouvriers plus intelligents ou plus capables qu’Antoine Robin et Claude Arnaud, lesquels avaientoffert d’exécuter le dessin et le devis moyennant la somme de 18,300 livres, l’entreprise leurserait laissée, aucune offre plus avantageuse n’ayant été faite au Consulat lorsqu il l’avait publiéeen présence des autres entrepreneurs.
Le prix fait comprenait tous les ouvrages de sculpture, peinture au blanc de céruse et dorureà l’or fin, nécessaires pour trois faces seulement de la grande salle, la quatrième face ou setrouvait la cheminée devant rester, comme elle l’était, incrustée de marbres ; le bois employé pourles moulures devait être le bois de sapin, et pour les sculptures celui de tilleul ; enfin, il étaitstipulé que le fond de la salle du côté du grand escalier serait terminé au mois de novembresuivant, et le reste une année apres, le tout sous la conduite du sieur Claude Beitaud (1), voyer
de la ville, qui sans doute était l’auteur des projets.
Le f mars 1720, le Consulat se décida à faire décorer, comme les trois autres faces, lequatrième côté de la salle qui renferme la cheminée; il ajouta en conséquence au prix faitprécédemment une somme de 2,600 livres pour ce travail, qui fut exécuté par les premiersentrepreneurs; il fit encore un autre prix avec Michel Perrache, sculpteur, pour la sculpture enpierre, la peinture et autres fournitures, pour les armes du Roi (que supportaient deux Renomméesplus grandes que nature), trophées et autres ornements placés au-dessus de la cheminée. Cesderniers travaux, qui firent sans doute disparaître complètement tout ce qui avait été exécuté
(1) Ce Claude Bertaud avait succédé, le 22 octobre 1708, comme voyer de la ville, à Claude Bertaud, son père, démissionnaire, après avoir rempliles fonctions pendant trente-deux ans.
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