CHAPITRE TROISIEME.
5J
Mais si, à cette époque, le Consulat ne paraissait plus porter à notre monument qu’un intérêtmédiocre, en revanche il n’oubliait pas ce qui pouvait faciliter les plaisirs de ses membres; eneffet, il décidait le 21 novembre 177sur la proposition de son premier Echevin, M. Torrent,qu’il n’y avait pas eu jusque-là, dans l’Hôtel - de - Ville, de local convenable pour donner desbanquets, et que, puisque l’appartement occupé par M me veuve Perrichon (femme de CamillePerrichon, ancien Prévôt des marchands et procureur général de la ville) allait être abandonné,il convenait de le réserver en son entier, tant « pour servir de lieu d’assemblée, lors des repas« du corps de ville, et de local pour la direction des octrois et voirie de cette ville, et à tous« autres objets d’utilité publique auxquelles le Consulat jugera à propos de le destiner. »
Il paraît que cette dame Perrichon, qui avait même après la mort de son mari conservé unlogement à l’Hôtel-de-Ville, ce qui indique plus que de la tolérance de la part du Consulat,n’était pas la seule à occuper, sans y avoir droit, des locaux dans cet édifice, au détriment de lachose publique, puisque M. de Clugny, au nom de Turgot , écrivait à M. de Flesselles, intendantde Lyon , le 25 juillet 1776, qu’ayant reçu les plans de l’Hôtel-de-Ville qui avaient été demandésau Prévôt des marchands, avec l’idée que la disposition des logements entrerait pour beaucoup dansles projets d’économie (1) dont ils étaient occupés, il renvoyait ces plans en faisant remarquerque, si on avait indiqué le nom des personnes qui logeaient actuellement dans l’Hôtel, on avaitoublié, pour la plupart, d’observer à quel titre elles y demeuraient.
Ainsi, les logements accordés dans le monument avaient donné lieu à de grands abus; faut-ils’en étonner? Ne devons-nous pas y voir déjà les symptômes de ce relâchement général quienvahissait toutes les institutions du pays? L’ancienne société française, avec ses grandeurs et sesmisères, allait disparaître, et la Révolution s’approchait.
Elle se préparait déjà, et bientôt, au milieu des événements les plus considérables, l’intérêtattaché à l’Hôtel-de-Ville de Lyon allait être mis en oubli. Nous devons donc arrêter ici le troisièmechapitre de cette histoire; mais avant de le clore, il nous plaît de rappeler quelques actes duConsulat, l’un à la date du 19 juin, le second à celle du 14 août 1777, et le dernier enl’année 1783, qui terminèrent plus honorablement que ceux qui précèdent, la longue série defaits relatifs à notre édifice.
Le premier de ces actes fut la restauration de la galerie qui sépare les deux cours dumonument, à la suite d’une constatation faite par le Voyer de la ville. Là, comme au portiquede la cour basse, les eaux qui s’étaient infiltrées par le dallage de la terrasse, avaient fait denombreux dégâts.
Le nommé Jean Morfeuillet, entrepreneur de bâtiments, eut l’adjudication de ce travail, pour leprix de $",440 livres.
Mais le second acte que nous venons de mentionner, et qui fit le plus grand honneur auConsulat, fut la délibération par laquelle il décida que l’Académie des sciences, belles-lettreset arts de la ville, tiendrait dorénavant ses séances particulières dans de nouvelles salles qu’onlui accordait, et qui se trouvaient placées au premier étage de l’aile nord de l’édifice, depuis sonextrémité orientale jusqu’aux archives. Ce fut à l’occasion de la donation faite a 1 Académie, parM. Adamoli, de sa bibliothèque, de son médailler et de sa collection d’histoire naturelle, qu’après
(1) Vers cette époque, les sommes fournies à l'Etat par la ville de Lyon et les pertes quelle avait essuyées par la différence du prix d’achatà celui de la vente des blés acquis à l’étranger, pour la subsistance de ses habitants, l’avaient épuisée à ce point qu’elle devait alors près de30 millions en capitaux, outre plus de 1,800,000 livres, dont son receveur se trouvait en avance pour la partie seule des grains. C’est à cettesituation critique que la lettre précédente fait allusion.
H