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Dans un procès-verbal de la visite de cette partie du monument, que le sieur Bertaud, voyer,et les sieurs Munet et Degérando , architectes, avaient faite en présence du Prévôt des Marchands,le io mai 1760, on constatait que ce portique était ruiné par l’effet du temps et des infiltrationsd’eaux pluviales, et que les dégâts commençaient à gagner les pavillons qui servaient d’appui auxportiques; puis, en précisant la manière dont la restauration devait être faite, on émettait l’avisque les revêtements anciens en pierre tendre des maçonneries, fussent enlevés et remplacés pardes pierres dures posées sur champ, et retenues à la masse par des crampons de fer.
Ce procès-verbal obtint une certaine publicité, et fut communiqué à Soufflot, qui venait dediriger à Lyon les travaux de la salle de spectacle et faisait exécuter encore, en ce moment même,le grand dôme de l’Hôtel-Dieu. Soufflot n’approuvait pas le mode de restauration proposé, etnous rencontrons dans les archives communales, à la date du mois d’août de la même année,sinon les observations critiques que Soufflot avait pu faire, mais une réponse à ces critiques faitepar un anonyme. Cette réponse nous rend ainsi compte du degré d’importance des objections dugrand architecte, et lorsqu’il blâmait l’emploi de la pierre dure posée en délit, alternant avec lapierre tendre, il était certes dans le vrai. Cependant le Consulat n’en entreprit pas moins cestravaux tels que le procès-verbal les indiquait, c’est-à-dire dans de si fâcheuses conditions, que, lorsde la grande restauration que nous fûmes appelé à diriger, le portique était dans un état deruine tellement menaçant, qu’une nouvelle restauration n’était dorénavant plus possible, et qu’ilfallut le démolir et le reconstruire en entier en le prenant par la base, qui fut seule conservée.
Le Consulat paraît, du reste, s’être trouvé à cette époque sous l’influence de fâcheuses inspirationsrelativement à notre monument, puisque le 28 décembre 1768, quelques années après la prétenduerestauration dont nous venons de parler, il permit à Jean-Antoine Morand (1) de construire à sesfrais des petites boutiques en pierre de taille (2), au droit des deux pavillons de l’Hôtel-de-Ville,du côté de la place de la Comédie. Cette permission fut donnée à cet architecte afin qu’il tirâtparti de la location de ces boutiques, en indemnité de ce que la Ville ne lui avait pas payé leshonoraires qu’elle lui devait au sujet de la construction du théâtre, et pour la direction despeintures et des décorations de cette nouvelle salle.
(1) Jean-Antoine Morand est né à Briançon en 1727. Il quitta la maison paternelle à l’âge de treize ans, afin d’échapper, dit-on, aux instances
que faisait sa famille pour lui faire suivre la carrière ecclésiastique, et vint à Lyon où il se fixa et étudia l’architecture. A l’âge de dix-sept ans,
en 1744, Morand était déjà employé par la ville de Lyon , à l’occasion des fêtes quelle donna à propos de la convalescence du roi Louis XV ;
plus tard, en 17f6, ses talents furent encore mis à contribution à l’occasion de la prise du port Mahon.
Elève de Servandoni , auprès duquel il avait étudié la décoration, il le fut aussi de Soufflot et devint son ami. Ce dernier, en partant de Lyon pour aller habiter Paris , lui laissa le soin de terminer la salle de spectacle dont il avait donné les plans, et plusieurs maisons du quai Saint-Clair. En 175-9, cet artiste fut appelé à Parme, pour construire un théâtre, à l'occasion du mariage de l'Archiduchesse avec l’Empereur. Saréussite fut complète et mit le sceau à sa réputation.
Morand est l’auteur d’un plan de Lyon gravé et portant la date de 1776, qui est plein d’intérêt en raison des ameliorations qu il indique etdont la plupart ont été réalisées depuis. Ainsi, Morand avait projeté les belles lignes de quais qui enserrent les deux rivières, il avait prévula rue Centrale et la rue de Bourbon, qui ne furent exécutées que trois quarts de siècle après; il avait fait pour les Brotteaux des tracés derue qui ont été suivis en grande partie.
Afin de hâter la réalisation de la mise en valeur des terrains situés au-delà du Rhône , il avait propose aux Echevins, qui 1 avaient acceptée, laconstruction d’un pont en charpente, d’un système dont il était l’inventeur. Ce pont fut livré à la circulation le 7 avril 1775; il porte le nomde son auteur, et malgré les attaques qu’il subit pendant le siège, et surtout malgré les rudes assauts que les glaces ou les eaux débordées dufleuve lui ont fait subir en maintes circonstances, il présente toujours la même solidité.
Monsieur, depuis Louis XVIII , passant à Lyon en 1775-, fit obtenir à Morand la décoration de Saint-Michel; mais les distinctions qu’il avait
reçues et la notoriété qui entourait son nom, ne firent que le désigner davantage aux fureurs révolutionnaires : proscrit après le siège, il fut jetéen prison et porta sa tête sur l’échafaud le 24 janvier 1794.
(2) Ces boutiques ont disparu au moment de la restauration générale que nous avons rappelée plus haut ; elles étaient devenues propriété dela ville, au terme de leur concession, qui avait été fixée à trente années, à partir du 1 er janvier 1769.