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Monographie de l'Hôtel-de-Ville de Lyon : restauré sous l'administration de MM. Vaïsse et Chevreau, senateurs : accompagnée d'un texte historique et descriptif / par Tony Desjardins
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HOTEL-DE-VILLE DE LYON

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Les maires de Lyon se succédaient rapidement; après Imbert Colomès vint Palerne de Savy et,bientôt après, Louis Vitet , médecin de grand savoir et partisan enthousiaste de la Révolution. Vitet était populaire, mais que pouvait la popularité contre les passions de cette époque, que desévénements terribles surexcitaient et poussaient au paroxysme ?

Le 20 juin, la famille royale quittait les Tuileries , mais arrêtée à Varennes elle rentrait de forceà Paris , se trouvait bientôt décrétée daccusation et enfin mourait victime sur léchafaud révolu-tionnaire. Lyon suivait toutes les phases de la Révolution; il régnait alors dans cette ville uneespèce de ballotage entre ceux qui la voulaient maîtrisée par la loi, et les clubs démagogiquesqui ne connaissaient que la violence.

Ces derniers, sous le nom de Jacobins, y dominaient de plus en plus, sous la conduite deChalier ; mais leurs excès soulevèrent la partie honnête de la population ; la garde nationale seréunit; elle attaqua, le 29 mai 179^, dans un combat en règle, sous la conduite de MadinierlHôtel-de-Ville, la commune sétait retranchée, et après un véritable siège sen empara, renversala municipalité que dirigeait comme maire un nommé Bertrand, associé de Chalier , et constituaune nouvelle administration communale.

Le monument qui fait lobjet de cette histoire ne fut pas épargné pendant ces événementsterribles; un boulet de canon brisa son portail, enfila le vestibule et causa de grands dégâts; unautre entama la corniche de la salle dans laquelle le Comité de salut public sétait enfermé;mais dautres dévastations avaient eu lieu pendant que la Commune révolutionnaire était dominantedans la cité, et avant de passer outre, nous devons en faire le récit.

Le 9 septembre 1792 on avait fait, le matin, au Champ-de-Mars des Brotteaux, sur lautel dela Patrie et à loccasion dune de ces fêtes civiques sous le faux éclat desquelles on cherchaitvainement à couvrir par de vaines cérémonies lanéantissement du commerce, la perturbation detous les intérêts et une misère qui devenait de plus en plus générale, un auto-da- des titres denoblesse ou blasons, et des portraits des échevins, des gouverneurs, archevêques et autres personnagesillustres, qui se trouvaient à lHôtel-de-Ville et qui étaient lœuvre des Pauthot, Blanchet, Leblanc, etc.On avait réuni à ces objets, précieux par le souvenir et le talent de leurs auteurs, un grandnombre de diplômes et de titres généalogiques, enlevés des archives municipales, et comme unexcès en entraîne facilement un autre, la foule excitée assassina, ce même jour, huit officiers quellealla arracher aux prisons du château de Pierre - Scise, quoiquils eussent été reconnus innocentsdes charges relevées contre eux. Ce fut sans doute à peu près à la même date que la statue deLouis XIV , œuvre du sculpteur Chabry, et les médaillons en bronze de Warin, disparurent de lafaçade sur la place des Terreaux. Lannée suivante, Chinard (1) fut chargé de remplacer dans le

(1) Le sculpteur Joseph Chinard est à Lyon le 12 février iyf 6 ; il y est mort le 19 mai 181J. A quatorze ans, il entrait à lEcole royale des Beaux-Artsde cette ville, et après y avoir remporté plusieurs prix, il passait dans l'atelier de sculpture de Biaise. Chinard , vers 1780, fit son premier

voyage en Italie ; il concourut à Rome pour le prix de sculpture offert par lAcadémie de Saint-Luc et eut lhonneur de lemporter sur tous

ses rivaux.

U revint à Lyon vers les derniers mois de 1789, pour faire à Rome , à la fin de 1791, un second voyage, pendant lequel il fut incarcéré auchâteau Saint-Ange , du 23 septembre au 13 novembre 1792, en raison des doctrines de la Révolution, qu il avait epousees avec chaleur. Maiséloigné en même temps du terrorisme, Chinard , de retour à Lyon , fut, après le siège, soupçonné de modérantisme et jeté en prison par letribunal révolutionnaire. Il nen sortit quaprès une détention de six mois et sur la présentation dune petite statuette figurant lInnocence, quilfit en prison, pour intéresser ses juges; il put alors reprendre ses travaux, et concourut, avec Hennequin, à la série des fêtes nationales donton cherchait à recouvrir toutes les misères de cette époque agitée.

Revenu dun troisième voyage quil fit à Rome en 1800, Chinard fut nommé membre de lAcadémie de Lyon; le retour à la tranquillité était

favorable aux arts ; bientôt il fut chargé de travaux importants dont les principaux furent le buste de Desaix, celui de M me Verninac, un groupede lAmour sur les flots. Le 2f janvier 1807, il fut nommé professeur de sculpture à lEcole des Beaux-Arts de Lyon ; en 1811, il fit en