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dégradée, qui avait subi le choc de trois Révolutions, celui du Siège, et reçu le contre-coup detoutes les émotions populaires, qui, du reste, n’avait été l’objet d’aucune espèce de restaurationdepuis les grands travaux que Mansard avait dirigés au commencement du dix-huitième siècle ;cette façade, disons-nous, était si altérée qu’elle ne se laissait plus reconnaître et que ses partiessupérieures, et en particulier les frontons, trophées et statues qui les décoraient, mutilées et sansformes, ne pouvaient se contenter de réparations partielles, mais exigeaient une réfection radicaleet un renouvellement complet.
Pendant près de deux années nous donnâmes nos soins à ce travail, qui comprenait, en plus dela façade, les retours sur les rues latérales des deux pavillons. Les corniches, cordons, couronne-ments de croisées, et en général toutes les parties saillantes de l’œuvre furent remplacées pardes pierres de taille neuves ; le grand balcon, les sculptures du portail, la charpente du corpsde logis central, les bas-reliefs en ronde bosse des frontons et leurs trophées, les deux statuesisolées du centre, les cariatides accompagnant la statue d’Henry IV et les génies supportant uncartouche aux armes de Lyon qui la couronnent, tout dut être entièrement refait, depuis leremplacement dans les œuvres vives des pierres de taille et des autres matériaux en mauvais état,jusqu’au dernier et complet achèvement.
Les quatre médaillons en bronze exécutés par Claude Warin et représentant Louis XIV enfantet Anne d’Autriche à gauche, Louis XIII et Henry IV à droite, et qui avaient été détruits en1793, furent rétablis avec beaucoup de talent par M. Fabisch, statuaire, d’après les médailles queWarin a laissées, et fondus à Lyon dans les ateliers de M. Nicolas Rozier.
MM. Fabisch et Bonnet furent chargés, le premier des sculptures du fronton nord et de la statued’Hercule , le second de celles du fronton sud. Ce fut pour ces artistes l’œuvre la plus ingrateque celle de rétablir une statuaire complètement mutilée, qui ne présentait plus que des fragmentssans forme; ils s’en tirèrent avec un talent qui fut apprécié et leur fit le plus grand honneur.M. Bonnaire exécuta toute la sculpture du fronton central et celle qui encadre la porte; M. Cubizolela statue colossale de Minerve qui se trouve sur la balustrade supérieure, et M. Bernasconi lesfrises et ornements divers qui entrent dans la décoration de la façade.
Nous avons dit plus haut que le monument est construit en pierre de Seyssel, pierre tendreet spongieuse, qui n’avait pas résisté à la gelée, et qui, partout où elle présentait des surfaces àl’action de la pluie, avait subi une complète décomposition. Déjà, plus antérieurement et dansles parties les plus menacées, les anciennes corniches avaient été remplacées par des pierres dures ;mais ce travail, fait sans suite et avec peu d’intelligence, avait plutôt nui que servi à l’édifice,et, comme nous venons de le dire, il fallut retirer des murs les anciennes pierres de taillepartout où elles se présentaient en saillie extérieure, et les remplacer morceau par morceau.
Les mauvais résultats qu’avait donnés la pierre de Seyssel nous parurent nécessiter son rempla-cement par une pierre d’une autre qualité, et après bien des recherches et quelques tâtonnementsnous nous décidâmes pour l’emploi de la pierre de taille calcaire oolithique des carrières deSainte-Juste et de Saint-Restitut, dans la Drôme , en choisissant les bancs les plus résistants, etnous n’avons pas lieu de regretter, après quatorze années écoulées, d’avoir pris cette déter-mination.
Un lavage général et la silicatisation des surfaces réparées complétèrent la restauration, enharmonisant sous une nuance uniforme les parties nouvelles avec les anciennes, dont du reste ellesdifféraient peu par la couleur.
Enfin, les échafaudages purent être enlevés à la fin de 18 5 5, et le monument entier fut livré