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que vous, Monsieur, et vostre sentiment me tiendra lieu de celuyde beaucoup d’autres.
Je vous envoyé aussi un peu de ce feu corporel, qu’on peut àbon droit appeller lumière perpétuelle (car estant gardée commeil faut, elle dure plusieurs années sans se consumer). C’est unepetite piece, mais belle , car on n’en fait pas toujours de sembla-bles, et ordinairement la matière vient en petits grains seule-ment. Elle est enveloppée dans une vessie et celle-cy est misedans de la cire, afin que rien n’exhale , et que la piece ne prennepas feu par le mouvement et la friction comme cela arrive aisément.Un tel morceau peut suflire à quantité d’experiences, car la moindreparticelle est capable de rendre les choses rayonnantes ; et quand onla manie avec les mains , elles en restent luisantes plusieurs heures ,et cejMîndant il n’y a rien de visible dessus , qui paroisse au jour.On peut écrire avec cela en lettres luisantes, et quelques heuresapres , quand elles paroistront mortes , estant frottées derechef, ellesse font voir de nouveau. Je tiens qu’il y a un véritable feu enfer-mé la dedans ; mais pas assez ramassé pour se faire toucher : quandon souffle contre , la lumière disparoist et revient incontinent après ;ce qui est remarquable. Cependant jay veu que le seul vent aallumé un morceau de papier, qui m’avoit servi à nettoyer lesdoigts en vuidant le recipient , lorsque j’avois fait ce feu. On al-lume aisément la poudre à canon au soleil et par le mouvement,un peu de ce phosphore estant mêlé parmy. Il seroit bon del’essayer dans le vuide. Au reste je me rapporte aux expériences,que j’avois mandées à Mr. le Duc de Cheuvreusc. Pour mieux con-server ce morceau il faut verser un peu d’eau dessus et au restele tenir dans un petit verre bouché. Sans cela il s’exhale à l’air.Dans l’eau il jettera des éclairs par intervalles, particulièrementlorsqu’on la remue , ou lorsqu’on l’échauffe un peu en le touchant