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Un million de faits : aide-mémoire universel des sciences, des arts et des lettres / par J. Acard ... [et al.]
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LITTÉRATURE.

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« Seriez-vous bien aise quoivOlcs les lan-gues fussent réduites ù une seule et que tousles peuples s'entendissent comme nous nousentendons, et comme ils s’entendaient autre-fois dans le paradis terrestre J — Je n'eu se-rais pas fâché, pourvu que notre langue fûtcette langue universelle et que toute la terreparlât français... On parle déjà français danstoutes les cours de l’Kurope. Tous les étrangersqui ont de l’esprit se piquent de savoir le fran-çais . Où ne va-t-on point a\ec notre langue?C’est lui donner des bornes trop étroites que dela renfermer dans l’Kurope ; elle a cours parmiJes sauvages de l’Amérique et parmi les na-tions de l’Asie les plus civilisées... Si la languefrançaise n’est pas encore la langue de tousles peuples du monde, elle mérite de l’étre.Car, ii la bien considérer dans la perfection oùelle est depuis plusieurs années, ne faut-ilpas avouer qu’elle a quelque chose de nobleet d’auguste qui l'égale presque à la languelatine .et la releve infiniment au-dessus del'italienne et de l’espagnole , les seules languesviv.mies qui puissent raisonnablement entrere i concurrence avec elle? » (Les Entretiensri'truste et d’Eugèuc, par Doui. Bouhours,l’a ris, 1071.)

I.e français est aussi éloigné de la mollesse etde l'endure des langues du midi que de la ru-desse des langues du nord, dont lu plupart desumts écorchent le gosier de ceux qui parlent etl'oreille de ceux qui écoutent.

.Notre langue, dans nos bons écrivains, n'usoque fort sobrement des hyperboles et de cesligures recherchées ennemies de la vérité:eu quoi elle exprime bien l’humeur franche etsmceredu pays de Montaigne et de Molière , oùl’on n'a jamais pu souffrir l'hypocrisie,l’exa-gération ni le mensonge. Pour plaire, a-t-ondit, il ne faut point trop en laisser voir ledésir; de même pour parler bien français , ilne faut point vouloir trop bien parler. « Notrebeau langage, dit encore Bouhours, ressembleà une eau pure et nette qui n’a point de goût,qui coule de source, qui va où sa pentenaturelle In porte, et non pas à tes eaux arti-ficielles qu’on fait venir avec violence dansles jardins des grands et qui y font mille dif-férentes figures. Car la langue française haittous les ornements excessifs; elle voudraitpresque que scs paroles fussent toutes nues,pour s'exprimer plus simplement ; elle ne separequ’nulant que la nécessité et la bienséancele demandent. » Bouhours vivait au dix-sep-tième siècle.

On dit souvent que la langue française estrlairc ; ce qui ne veut pas dire qu’il soit tou-jours facile d’être clair en français , mais bienque ce qui n’est pas clair n’est pas français .

Des Toscans, je lésais, la langue est séduisante ;Cire molle à tout feindre habile et complaisante,Qui prend d'heureux contours sous les plus fai-bles mains.

Quand le Nord,s'épuisant de barbares essaims,Vint, par uue conquête eu malheurs plus fé-conde,

Venger sur les Romains l’esclavage du inonde,De leurs affreux accents la farouche âpretél)u latin en tous lieux souilla la purete.on vit de ce mélange étranger et sauvageNaître des langues sœurs, que le temps et l’u-sage,

Par des sentiers divers guidant diversement,Dune lime insensible ont poli lentement,Sans pouvoir en entier, malgré tous leurs pro-, diges,

De la rouille barbare effacer les vestiges.

De là du castillan la pompe et la fierté

Teint encordes couleurs du langage indomptéQu'au Tage transplantaient les fureurs musul-manes.

I.a grâce et la douceur sur les lèvres toscanesFixèrent leur empire, et la Seine à la foisDe grâce et de fierté sut tempérer sa voix.Mais ce langage, armé d'obstacles indociles,Lutte et ne veut plier que sous des mains habi-les.

André Chénier .

La brièveté plaît à notre langue ; elle prend

Ê laisir à renfermer sans affectation ni ani-iguîlé, beaucoup de sens en peu de mots;et il n'y a peut-être rien qui soit plus opposéa son génie plein de mesure et de goût, qu'unccrtaiu style germanique et nuageux,ou espa-gnol et diffus, creux et sonore. El le ne peut sup-porter les épithètes inutiles, les périodes quisont trop longues; en quoi elle est beaucoup plusexacte que la langue latine même qui ne liaitpas certains synonymes honsseulement à rem-plir le nombre sans ajouter rien au sens. Luce point elle diffère aussi de la langue grec-que, d'ailleurs si admirable et divine, maisqui, outre les synonymes et les longues pé-riodes, traîne après soi tant d’épithetes inu-tiles et tant de particules superflues. La lan-

f ue de Montaigne et de Pascal, de Descaries,e Voltaire et de Napoléon a plus égard àla raison et au bon sens qu'à la belle cadence.

Origines. — Les hordes barbares d’ouia-Rhin qui envahirent la Gaule au cinquièmesiècle, la trouvèrentcivilisée et toute romaine,surtout dans sa partie méridionale. La <i>i-lisation de l’Angleterre ou de l'Allemagne esttoute germanique dans l'origine. La nôtre,dès ses premiers pas, est surtout latine ; maiselle n’est pas uniquement latine comme la ci-vilisation de rilalie ou de l'Espagne . Centraleen Europe , située sur la limite du monde ro-main et du monde germanique, limite quila traverse et la partagea long-temps en deuxmoitiés profondément distinctes, notre patrie ace caractère particulier qu'elle a puise large-ment aux deux grandes sources de la civilisationmoderne. Les traditions celtiques et germani-ques, les coutumes locales, les mœurs indivi-duelles, ont dominé dans le nord de la Gaule ;les mœurs municipales, les idées civiles, lesinstitutions romaines dans le midi.

Les anciens Gaulois ne nous sont guèreconnus que par les récits des Romanis , leursvainqueurs ; et on peut dire que ces turbu-lentes et glorieuses peuplades n’existèirnt uuinstant comme nation que la veille de loirdéfaite, grâce au génie de Vercingétorix quieut la gloire de coaliser un moment contre cé-sar « cette race légère et hardie. » (Dion Cassius ,livre xvn, c. G). « En Gaule, dit César, nmi-seulement dans toutes les villes, mais danstous les cantons et dans chaque localité, pres-que dans chaque maison, il y a des di't-sions de partis opposés, factiones.» I De Oeito(fiill., livre iv, c. 41. |

On a souvenUité ce passage de Caton i ap-tien : « La nation gauloise aime passionné-ment deux choses, bien combattre et liuemeniparler. » N’est.ce pas l'esprit français ; queCatou caractérise par l'expressionoui, dit M. J.-J. Ampère; uVst-çe pos ceiesprit de finesse que Pascal a defini si neitenient, et dont, avant et après lui, PF J f s .9 U w. 1 ” r p Snos auteurs, depuis Joinville jusqu a voltaire,ont fourni de si brillants exemples. ü

Scion Ulpien, In langue gauloise JKiuvohêtre employée dans les testaments, t

rait donc survécu à la conquête romai*gardé jusqu’au troisième siècle uue exx&ic