970
9G9 ORIGINES DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE.
légale. Au quatrième siècle saint Jérôme re-connaissait clic/ les Calates d'Asie 1 idiomequ'il avait entendu parler aux environs deTrêves. Au cinquième , Sulpice-Sévère , dansses dialogues sur la vie de saint nlartm , dit àson interlocuteur :« Parle-nous en celtique ouen gaulois , pourvu que tu nous parles deMartin. » Ce qui montre, ce semble, que lesdeux dialectes trouvés par César au nord de laGaronne subsistaient encore distincts. Ausixième siècle, saint Grégoire, employant lemot fol, dit qu'il parle à la manière gauloise.Fol est, dit-on, reltique. Après celte époqueon ne trouve pins la langue indigène de laGaule que dans la vieille Armorique où,protégé par sou isolement et par l’océan ,l'idiome celtique s’est maintenu jusqu'à nosJours.
« l.es trois classes les plus honorées de lanation gauloise , dit Strabou , sout les bardes,les druides et les devins. »
l.es druides étaient les prêtres et les savantsde lu Gaule . Selon César, ils dissertaient surla grandeur de la terre et sur les mouvementsdes astres. Ils ne paraissent pas avoir eud'alpliabct, n'ayant laissé aucune inscription.Ils transmettaient oralement à leurs ifisci-ples le dépôt de la religion et de la morale,probablement en vers ; corps poétique im-mense , puisqu'il fallait vingt ans pour legraver dans la mémoire.
La Grèce a mis le pied sur notre sol, et debonne heure le midi de la France , déjà visitépar les Phéniciens , ces marchands divins, futcivilisé par les Rhodicns et les Phocéens. Jus-qu’où s'étendit, où s'arrêta l’action civilisa-trice des Mossaliotes, c’est une question fortcontroversée parmi les érudits; mais quecette influence ait été large et rapide , c’estce dont il est impossible de douter quand onvoit Marseille , grâce à l'amitié des Romains,étendre ses possessions des bouches dunliôiic jusqu’à Lyon , et aux moutagnes desArvenies.
'oyez : Histoire de lu Gaule méridionale,P[tri\l. Faurie!; Histoire littéraire de lar rance, par M. J. J. Ampère ; Histoire cri -tique des colonies grecques, par M. RaoulRochette .
La constitution doricnne de Mnssalic a ététort admirée des anciens , surtout de ceuxvoyant crouler l'antique cité romaine,inclinaient en idée à la sévérité patri-cienne. « Je ne le passerai pas sous silence ,o Marseille! s'écrie Cicéron , toi qui, pour laoisnpimc et la gravité , es supérieure , nonseulement aux villes de la Grèce , mais encorea celles du monde entier; toi qui, lointaineci séparée par la longue et par la culture dejoutes les contrées que les Grecs habitent, rc-leguç,. nux extrémilôs de la terre [in ultimisrem.v), assiégée par les flots de la barbariegauiinse, es cependant si sagement gouvernéef',? ( ,r ' ,lll ' n ce de tes principaux citoyens'f’Ptu'iatum), qu’il est plus facile de louerFlacco S> )|‘J lll0US ^ Ue * cs * m i |er * * 1 l’ro
C’est apres César que Marseille n’ayantp i s de rôle politique à jouer , se livra toutu tiere au commerce et à la culture dessciences et des lettres.
dlt lü Crcc Strabon , se lais-sent facilement persuader de Futilité des ctu-oes, et y appliquent leur esprit. »dp C pnrLr ,>,>orlu f J ue les Gau,ois se servaientî?rïï,r ere f gre< . s 1 Hv - V1 ’ « >• Do-toutes
S-i !, ■ " olrc 501 UIIC foule de médailles etdniw: jptions attestent encore le même fait.*»uus uue de ces inscription, recueillie par
M. Mérimée , à Avignon , on lit en lettresgrecques, et affublés d’une désinence grecque,des noms romains , comme Qointos , Qoin-tus ; Erennios secondas , Frennius sccundus;le monument qui porte l’inscription est dé-dié à Erennius présent , Erenniô praisenti(præseuti).
Ammien Marcellin reconnaît que, grâce àMarseille et à scs colonies, parmi les habitantsincultes des Gaules ont fleuri les études com-mencées par Jes bardes et par les druides(liv. XV).
Et Justin: « Un si grand lustre fut ré-pandu sur les hommes et sur les choses qu'ilsemblait, non pas que la Grèce eût émigréen Gaule , mais que la Gaule eût été traus-portée en Grèce . » Just., liv. XL1II, c. 5.)
Durant les premiers siècles de Fère vul-gaire, il est constant que , dans toutes lesgrandes villes de la Gaule méridionulc , àMarseille, à Arles , à Aix , à Yienne , à Lyon .on entendait, on parlait encore la languegrecque ; il y avait à Lyon , sous Caligula ,une sorte de temple [VAtUanacum | unique-ment consacre à des exercices littéraires eugrec ; et , au commencement du sixièmesiècle, lorsque, sur l’invitation de saint Cé-saire, les fidèles d'Arles se mirent à chanteravec les clercs, en attendant le sermon, uneportion du peuple chantait en grec. (Voyez loCours d'Histoire moderne de M. Guizot, itYHistoire de ta Gaule méridionale deM. Fnurielj.
Le spirituel Henri Estienne a fait, au sei-zième siècle , un curieux petit livre sur lesanalogies de la langue française avec le grec.H est vrai que Itiziusa composé à grand ren-fort d’érudition un plus gros livre sur la res-semblance du hollandais avec la même langue.
Mais langue et littérature, villes et lois,hommes et monuments , en un mot toute lacivilisation de notre patrie, a scs racines lesplus profondes et les plus vraies dans le sollatin.
C’est César qui, après avoir créé la Gaule entant que nation, en la forçant, par ses victoi-res, à se coaliser tout entière contre lui, l’i-nitia du nord au midi à ia civilisation ro-maine; mais qu’il vendit cher à nos pères cerude bienfait ! que d'atrocités et de perfidiesse cachent sous l’atticisme élégant de ce styletant et si justement admiré! Si l’on en croitSuétone , la conduite du conquérant fut si ré-voltante que d ms cette Rome, si impitoyableaux superbes et qui se souvenait de Itremms,on s'écria un jour, en plein sénat, qu'il fallaitlivrer César aux barbares.
César, aussi habile conquérant que grandcapitaine, avait ouvert le sénat aux habitantsde la Nnrbonaiso. Claude, Gaulois lui-inôme,l’ouvrit aux Gaulois chevelus , et, dès la lindu 4 er siècle, la Gaule entière, paisiblementsoumise à l’administration romaine , secouvrit bientôt de grandes écoles. Les prin-cipales étaient celles de Trêves , Bordeaux ,Auiun, Toulouse, Poitiers, Lyon, Narbonne ,Arles, Marseille, Yienne, Besançon , etc. Icellesde Marseille et d'Autun dataient des premierssiècles ) ; on y enseignait la philosophie , lamédecine, la jurisprudence, les belles-lettres,la grammaire, l'astrologie, toutes les sciencesdu temps.
Au III e et au IV e siècle, nos pères culti-vaient les lettres latines avec une ardeur etune activité qui n’avaient alors d'égalesdans aucune parlie de l’empire d'Oceident.Ce qui les distinguait surtout , c’était unentrainement sans exemple vers les dis-putes du Forum. De son temps juveuul appe-41 .