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Un million de faits : aide-mémoire universel des sciences, des arts et des lettres / par J. Acard ... [et al.]
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975 ORIGINES DE IA LITTÉRATURE FRANÇAISE. 07 4

tait partout qu’innocence. vertu pastorale,ruisseaux de lait et de miel dans le pays deces barbares, qui ne surent long-temps quetuer et brûler, et qui scalpaient les yoiqcus[decalvare] sur le champ de bataille: en vé-rité, ïl ne faut pas réfuter sérieusement tou-tes ces idylles. Meiners, dans son Histoiredu sexe féminin, va jusqu'à dire que lesfemmes n’ont jamais été nu/Ic part vertueu-ses ni heureuses comme dans l’ancienneGermanie ; et il insinue avec une rare bon-homie qu’avant l’entrée des Francs dans lesCaules , les Gaulois ne savaient ni respecterleurs renimes, ni les aimer.

I.e régime de la force, comme aussi de laliberté individuelle, voilà tout le fond de laBarbarie ; c’est par là que les Germains ontpuissamment agi, en bien et en mal, sur iacivilisation de notre patrie. De là,par exem-ple, le point d’honneur avec son prestigechevaleresque; de là aussi Poitiers , Azin-rourt et Crécy ; de là cet attachement féodal,qui a eu son héroïsme, à un homme plutôtqu'à la patrie ; de là ce défaut de sentimentcivil, cette absence de vie politique large etprofonde, qui dépare notre histoire natio-nale, d'ailleurs si belle, et dont les grandshommes de la lienaissance et de la Révolu-tion essuient depuis des siècles de relever laFrance .

Dés la fin du VI® siècle tout changedans la Gaule: les grandes écoles municipa-las de Trêves, de Poitiers , de Vienne , deBordeaux , etc., ont disparu ; les écoles ecclé-siastiques subsistent seules. Parmi ces nou-velles écoles dites cathédrales ou épiscopales,les plus florissantesdu cinquième au huitièmesiècle furent celles de Poitiers, de Paris , duMans, de Bourges , de Clermont, de Vienne ,rieChaion-sur-Soône, d’Arles , de Gap. Ne vou-lant plus former que des clercs, on n’y en-seignait guère que la théologie et la rhétori-que, la dialectique , l’astrologie dans leursrapports avec la théologie. Dès lors dans lalittérature écrite, plus de jurisprudence sa-vante, plus de philosophie , plus de critiquelittéraire. Dans la Gaule méridionale même,les esprits se lancent dans toutes les partiesde la controverse chrétienne ; à peine si lesrhéteurs de Bordeaux et de quelques autresvilles s’efforcent de continuer la tradition deslettres païennes mourantes. 11 n’y a bientôtplus de philosophie purement spéculative ,plus de poésie désintéressée, plus d’art dis-tiuct de la yie pratique ; il n’y a plus de lit-térature.

I.e plus illustre des évêques de ce temps futsaint Césaire (né en 470, à Chaion-sur-Snône ,d'une famille considérable), lequel avait étu-dié long-temps dans l’abbaye de I.érins, etdevint évêque d’Arles en 501. Il présida lesprincipaux conciles de ce temps, les concilesd’Agde, d’Arles, de Carpentras , d’Orange. IInous reste de lui environ 130 sermons. Il yinsiste plutôt sur la morale religieuse que surles allégories mystiques et les panégyriquesde saints. Mois le ton de l’évêque y est plusque simple , et absolument étranger à touteintention littéraire.

I.ai véritable littérature du septième et duhuitième siècle consiste en une multitudede légendes ou vies de saints. (Voy. col. 955).

Les Barbares occupèrent de bonne heure laGaule, mais ce ne fut qu’en se civilisantqu’ils parvinrent à y régner véritablement.

Au midi, dans la Provence, la Narbonnaise ,1 Aquitaine , la population gallo-romainetravaillait toujours a ressaisir son indépen-dance. En même temps, le mahométisme, né

avec le septième siècle, inondait déjà au hui-tième le midi de l’Italie , l’Espagne presqueentière, la Gaule méridionale.

Cctle époque est celle où la nuit de la bar-barie semble avoir été la plus profonde et laplus générale en Gaule.

L’Eglise, de toutes parts envahie par labarbarie qu’elle avait trop caressée, se voyaiten danger de périr elle-même, avec la civi-lisation romaine dont Je prestige et la nou-veautéavaient fait long-temps une grande par-tie de la puissance «lu clergé sur les Germains.On ne saurait imaginer à quel degré de gros-sièreté et de corruption elle était descendueau huitième siècle. Cette célèbre abbaye deLérins où la culture intellectuelle était siflorissante dans Fàge précédent, était alorsen pleine décadence. Saint Aigulfe. ayantvoulu la réformer, les bons moines rembar-quèrent et l’abandonnèrent dans une île dé-serte après lui avoir coupé la langue.

Ce sera l'éternelle gloire de Charlemagne d’avoir compris, Germain et à demi-barbarelui-même, que le droit et l'avenir apparte-naient à la civilisation romaine. Empereurd’Occidcnt, il réforma l'église que le papeétait impuissant à gouverner, il exterminales Saxons, et comint les Arabes; roi deFrance , il détruisit en Italie l’ambitieuxroyaume des Lombards, et eut sur notre pa-trie une double influence : l’une directe surle nord qu’il latinisa, l’autre indirecte surle midi roman auquel il rappela rudementpar tant d’expéditions au delà de la Loire qu’il était d'une autre race. Mais ces deuxinfluences en définitive eurent le même ré-sultat; par lui la France a pu s'asseoir commepuissance chrétienne sans doute , mois ro-maine, c’est-à-dire monarchique et centraleen Europe .

Qu’on le considère comme conquérant,comme législateur , comme protecteur deslettres, Charlemagne apparaît toujours commeun barbare prodigieux et prédestiné, con-verti à la civilisation antique et qui s’ef-force d'en relever les ruines, transforméespar le christianisme. C’est lui qui marque lalimite où s’arrête la dissolution de ta sociétéantique et des mœurs barbares, et où com-mence la formation de l'Europe moderne.

Ce que Dioclétien, Constantin , Julien avaienttenté de soutenir avec les vieux débris deslégions romaines, Charlemagne l'entrepritavec des Francs, des Goths, des Lombards , et aune telle œuvre il n'échoua pas entièrement.

C’est sans douteà la fois un des plus grandset des plus bizarres spectacles que présentel’histoire du monde, de voir ce grand prince,barbare de race et tout Germain de carac-tère, de langue et de mœurs, se passionnercomme malgré lui pour la culture latine , oupoint de se faire constamment lire les auteursanciens durant ses repas, et de placer la mutsous son oreiller des tablettes pour pouvoir,quand il s’éveillait, exercer sa main à tracerde beaux caractères.

« Il portait toujours, dit F.ginhord, l'habitde ses pères, l'habit des Francs... les habitsétrangers, quelque riches qu’ils fussent , illes méprisait et ne 60 ufrrait pas qu'on l’enrevêtît. Deux fois seulement, dans les séjoursqu’il lit à Rome , d’abord à la prière du na/ eAdrien, ensuite sur les instances de Léon,successeur de ce pontife, il consenlit à pren-dre la longue tunique , la chlamyde et lachaussure romaine. » Tant d’instances nefurent pas nécessaires auprès de Napoléon ,cet autre grand empereur d'Occident , quisuccédait, disait-il lui-même, à Charlemagne ',