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Un million de faits : aide-mémoire universel des sciences, des arts et des lettres / par J. Acard ... [et al.]
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971-972
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071 LITTERATURE. 972

lait déjà la Gaule : nutricula cattsidico-rutn ; et si l’on en croit les historiens, sousTibère, la ville d'Autun renfermait quarantemille étudiants en éloquence. A l.yon, dès lalin du 11 e siècle, le latin était la langue vul-gaire.

l.a plupart des professeurs des écolesétaient païens ou indifférents en matière re-ligieuse, ou même hostiles à la religion nou-velle. Plusieurs empereurs, parmi lesquelsJulien-l’Apostat , accordèrent à ces écoles uneprotection toute spéciale, l.a société ci-vile gallo-romaine était donc pourvue depuissants moyens d’instruction et de dévelop-pement intellectuel II n'en était pas de mêmede la société religieuse : elle n’avait à cetteépoque point d'institution consacrée à ren-seignement.

Ou trouve parmi les Gallo-Romains de cetemps des philosophes de toutes les écolespaïennes: tel est mentionné comme pytha-goricien, tel autre comme platonicien, telcomme épicurien , tel comme stoïcien. I.’Es-pagne et même l’Italie , bien éloignées decette culture intellectuelle, étaient à cetteépoque moins riches en écoles et en écri-vains.

Deux siècles s'étaient à peine écoulés depuisla conquête de César que Home n’était déjàpins dans Home, elle était toute dans laGaule . Au cinquième siècle, alors même quela culture des Gailo-Komains cédait, d'unepart, à l'invasion croissante du Nord, d’au-tre part au progrès des idées chrétiennes;alors que la société religieuse, renforcée «lesBirhares, prenait le pas sur la société civile,ne vit-on pas se fonder, dans un esprit plusgallican que chrétien , une foule de monas-tères, entre autres celui de Saint-Victor, àMarseille , et celui de I.érins, le plus célébré«lu siècle ? véritables écoles philosophiques«lu christianisme, où s'agitèrent avec le plusde hardiesse et de vie toutes les grandesquestions sur le libre arbitre et la grâce; etoù, ne l'oublions pas, grâce à un noble esprit«le liberté antique, les opinions du Breton l’elnge Irouvèreut pendant cinquante ansleur plus fort appui contre l'esprit énervant,oriental ou extra-méridional, des doctrinescontraires. Dans la Gaule romane, commentne l'a-t-on pas vu? le gallicanisme est aussiancien que le christianisme.

Co ii‘est pas seulement sous la main de l’é-vêque qui le baptisa chrétien que se courbale lier Sicambre: il obéissait encore, toutvainqueur qu’il fût, il l'ascendant souverainde celle Home que la Germanie avait si long-temps appris à redouter. I.e même instinctmystérieux et divin, qui avait jadis proslernéHome aux pieds «le la Grèce abattue, contrai-gnit bientôt la barbarie victorieuse à balbutierla langue des populations gallo-romaines.

Parmi les ouvrages nés delà querelle dupélagianisme, on distingue ceux de saint l*ros-per d'Aquitaine , et particulièrement son poèmeContre les Ingrats. Sa Chronique (depuisl'origine du monde jusqu’à l'an ïo5) n'est pasnon plus sans intérêt.

L'ouvrage où l'on trouve le plus de rensei-gnements sur l’histoire littéraire de celempsest peut-être le Traité des Hommes illus-tres ou Auteurs ecclésiastiques , depuis lemilieu du quatrième siècle jusqu'à la lin ducinquième, par Gennade, prêtre à Marseille .

Selon une ancienne tradition, qui, vraie oufausse historiquement, n'en exprime pas moinsl'opinion populairedu temps, saint Loup, évê-que de Troyes , et comme on sait grand par-tisau des idées de saiut Augustin suria grâce,

saint Loup, sur l'invitation d'Attila , auraitsuivi l'armée des Barbares jusqu'au liliinpour la protéger de sa présence contre lesGallo-Romains victorieux.

Los Gallo-Romains, en abandonnant lescroyances de l’antiquité, en avaient en partieconservé les mœurs. Les moines venus d'orientfurent long-temps poureux un objet de mépriset de colère. En général, l 'ascétisme a tou-jours été antipathique à notre Occident . SnmtJérôme rapporte qu'aux funérailles de lllc-silln, jeune religieuse romaine, morte par ex-cèsd'austérités, le peuple criait : ■ Quand doncchassera-t-on de la ville cette détestable racedes moines? Pourquoi ne les lapide-t-onpas ? Pourquoi ne les jette-t-on pas dans larivière?»{ Lettre 22, à Paule. )

Rutilius Nuniatianus , poète gaulois (doPoitiers , V e siècle) , retournant de Homodans sa patrie, s’écriait, en passant pics dePlie de Gorgone : « Je déteste ces écueils,théâtre d'un récent naufrage. I.n s’est perduun «le mes concitoyens, descendu vivant autombeau. Il était des nôtres naguère, issu donobles aïeux, on possession d'une noble for-tune, heureux par un noble mariage; niais,pousse par les furies, il a abandonné l<shommes et )«>s dieux ; et maintenant, creihj’eexilé, il se complaît dans une sale retraite.Malheureux ! qui croit, au sein de la malpro-preté, se repaître de biens célestes, et se tour-mente lui-même, plus cruel que les dieuxoffensés. Cette secte est-elle donc, je vous ledemande, plus fatale que les poisons de Cuve?Ci rcé changeait les corps ; maintenant ce sontles esprits qui sont changés. »

L'invasion des Barbares étouffa-t-elle unmouvement de civilisation bien important etbien fécond? On a pu en douter en voyant lafutilité et la corruption de la lilteraitircpaïenne,niisérableexpression de la civilisationcontemporaine. Mais, à côté de tous ces rhé-teurs, plus romains que gaulois , beaux espritssans religion et sans patrie, la civilisation d*>celte jeune Gaule , encore grecque et nmiainoet déjà chrétienne, eut un moment un ad-mirable caractère de force et de beauté , devie enlin , qu’il esl impossible de mécon-naître.

Quoiqu'il en soit, dès le milieu dtt cin-quième siècle, la race franque s'était répan-due et dominait dans toute la Gaule . LesGallo-Romains, abandonnés par les empe-reurs qui, pressés sur tous les points, leurmandaient ; « Défendez-vous seuts, » succom-bèrent. Les évêques, devenus Ips seuls pro-tecteurs des débris de la société gallo-romaine,se firent bientôt les conseillers des Barbares,tout en restant les patrons de la municipalitéencore debout.

Les opinions sont fort diverses sur l’impor-tance de l’élément germanique dans la civi-lisation de notre pays. Les publicisfesféodaux,M. de Boulainvilliers entre autres, attribuentaux Barbares une immense influence; lespublicistes bourgeois l’ont, au contraire, ex-trêmement réduite. M. Guizot , dans sonCours d'Histoire moderne, s’est rangeapeu près absolument à l’avis des derniers(voir la septième leçon). .

La belle description idéale de la vie barbare,qu'on trouve dans Tacite , et que ce grand ci-toyen écrivit pour foire rougir de scsexcesHome corrompue, à peu près comme Rous-seau prêcha la vie sauvage en face de I aris-tocratie française dégénérée, a charme eiexalté l'imagination des Allemands de nosjours. Ils peignent des plus douces couleur»l'aucieone Geroiauie. A les entendre, ce n e -